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De la série américaine au film d'auteur argentin

En 1999, Benjamin Esposito, enquêteur à Buenos Aires, prend sa retraite. Il rédige un roman qui revient sur le viol et le meurtre d'une jeune femme en 1974. Il consulte son ancienne supérieure hiérarchique, alors comme lui partie prenante dans l'enquête. L'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en mars 2010 a été attribué à ce film d'un excellent niveau.

28 mai 2010, 11:16

Le passé de 1994 évoqué vingt-cinq ans plus tard n'est pas forcément conforme à la réalité. Les hypothèses d'un nouveau romancier et les souvenirs d'un enquêteur peuvent s'opposer d'autant plus que le crime comportait des zones d'ombre. Au premier degré, ce «polar» offre d'emblée un réel intérêt. Mais apparaissent au moins trois autres aspects. Entre Benjamin et Irène, plus jeune que lui, l'attirance mutuelle est très forte. Ricardo Moralès, le mari de la victime, semble avoir accompli sereinement un deuil qui pourtant cache un amour fou pour la morte le conduisant à un terrible excès. Alors qu'Evita Peron accède au pouvoir, l'Argentine connaît un trouble climat imposant aux individus des relations sociales conventionnelles frustrantes.

Le cinéaste Juan José Campanella, dans la cinquantaine, travaille souvent aux Etats-Unis pour des télévisions indépendantes comme réalisateur d'épisodes de séries, «Dr House» par exemple. C'est une école d'efficacité, même si le genre ne permet guère d'exprimer par la mise en scène un univers personnel. Ce travail «alimentaire» lui donne la liberté de s'en retourner dans son pays pour y réaliser des films dont il est réellement l'auteur

Formellement, «Dans ses yeux» ressemble au cinéma américain policier et psychologique qui sait aussi donner chair aux personnages. Ce genre de film est pourtant fermé sur lui-même, comme si le non-dit y était interdit. Or, par son travail pour des séries de bon niveau, le réalisateur a compris que la durée permet des ouvertures intéressantes vers des chemins de traverse, vie privée de personnages comme ceux d'Esposito ou Irène, rebondissements de l'action plausibles sans gratuité, inscription du récit dans une réalité politique et sociale. D'avoir abordé la notion de «non-dit» avec assez de subtilité pour attiser la curiosité est aussi réelle qualité pour un film qui ne s'efface pas de la mémoire la salle à peine quittée. /FYL

Neuchâtel, Apollo 3; 2h07

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