De la pauvreté du français et du complot féminin

21 oct. 2010, 11:07

Arrive un temps où l'âge rattrape inéluctablement l'éternel adolescent. Les tempes grisonnent, la calvitie vous prend en traître, par derrière. La cravate pousse, le bide aussi. Difficile de nier l'évidence; avec votre costard PKZ, vous ressemblez davantage à un élu libéral-radical qu'à un musicien de Pink Floyd. «Fugit irreparabile tempus», se lamentait déjà Virgile il y a deux millénaires.

Mais au contraire d'une carte de membre du PLR, l'âge confère automatiquement la respectabilité. Si ce n'est par la sagesse, au moins par l'apparence. Las, ça ne va pas sans petits tracas.

Ainsi en est-il des couples non mariés qui manquent cruellement de déterminants pour qualifier leur relation. Passe encore, lorsqu'on est minot, de s'afficher avec sa petite amie. Les ados ont leur copine, les filles leur mec. Les jeunes adultes usent du très franco-présidentiel «amoureux».

C'est au-delà que ça coince, à l'approche de la quarantaine, «au milieu du chemin de notre vie», pour reprendre Dante et sa «Divine comédie». Là, vous vous retrouvez comme deux ronds de flan au moment de présenter celle qui partage votre vie. Recourir à «femme», c'est mentir. «Concubine», c'est trop long à dire et «compagne», ça sonne relation asexuée. Beau se triturer les méninges, impossible de dénicher LE terme adéquat. Une démonstration qui ne prouve pas la pauvreté de la langue, mais bien la réussite d'un vaste complot lexical féminin. Celui d'encourager les hommes à leur passer la bague au doigt.