Comment une traumatisée des films d'horreur décroche la timbale, mais pas au Monopoly

28 oct. 2010, 11:31

Le billet de 10 000 balles du Monopoly, c'était le mien. Avant qu'elle ne me le subtilise, puis l'avale pour faire disparaître les preuves. Le pull rouge à col roulé que mes copines adoraient, c'était le mien. Avant qu'elle ne le réquisitionne et l'intègre dans son armoire à tout jamais. Le paquet de clopes planqué dans le bureau, c'était pas le mien. Ou peut-être que si, on n'a jamais trop su. En tout cas, c'était moi qui avais casqué.

Un jour, je l'avoue, j'ai envié les filles uniques. Ras-le-bol des fringues volées. Ras-le-bol des trop nombreuses sessions de films d'horreur dès que les adultes avaient le dos tourné. Ras-le-bol de la musique à coin quand je cherchais à me concentrer. Et puis un soir, tout a changé. Les atômes se sont entrechoqués, l'alchimie a fonctionné, nous parlions la même langue. Rires complices, sorties en boîte, galères communes, ennui l'une de l'autre à peine séparées, les meilleures amies du monde. Merci la nature. Une sœur, le bonheur. Puis deux autres sont arrivées. Si si! Le bonheur multiplié par mille. Rebelote: les vieux jeans qui s'échangent et s'arrachent. La pougne aux jeux de carte. Les éternelles vannes sur le nez de la famille. Sur les cheveux crépus de la branche méridionale du clan. Les fous rires qui se terminent en grognements et irritent le paternel. Puis l'ennui quand on ne se voit pas assez.

Au fond, certains jours plus spéciaux que d'autres, on se dit que toutes ces paires de chaussures empruntées sans autorisation, et ces liasses de billets de Monopoly subtilisées, on s'en contre-fiche. Non, on ne gagne jamais. Mais il y a une explication. Le jack-pot, on l'a déjà décroché.