«C'est de la démagogie»

Accusé de vouloir interdire la fête religieuse en classe, Beat W. Zemp riposte. Le président de la Fédération suisse des enseignants dénonce les pratiques de la presse de boulevard zurichoise. Interview L?UDC, avec un art consommé de la propagande, souhaite à ses électeurs par voie d?annonces dans la presse «une joyeuse fête de Noël (du moins aussi longtemps que nous pouvons fêter Noël)». L?annonce, agrémentée d?une image d?un sapin illuminé, fait référence à une déclaration du président de la Fédération suisse des enseignants, Beat W. Zemp, selon lequel «les couronnes de l?Avent et les sapins de Noël n?ont pas leur place dans les salles de classe.» Le parti de Christoph Blocher ne fait qu?emboîter le pas au «SonnstagsBlick» et au «Blick», qui a titré quatre jours de suite en une sur «l?interdiction des fêtes de Noël à l?école?» En fait, comme nous l?annoncions dans notre édition du mercredi 20 décembre, la question qui agite les médias suisses depuis plusieurs jours ne repose que sur des rumeurs. Aucun cas de musulmans ayant manifesté leur opposition n?a été vérifié, ni à Neuchâtel, ni dans le canton de Vaud. La parole à Beat W. Zemp, qui s?est retrouvé bien involontairement au centre de la polémique.
02 août 2015, 00:08

Comment réagissez-vous aux accusations de vouloir interdire la fête de Noël dans les écoles?

Beat Zemp: Ce n'est rien d'autre que des cancans de journalistes. J'ai été interrogé par une journaliste du «Blick» qui m'a confronté avec l'information selon laquelle une école du canton de Vaud avait prévu une fête religieuse de Noël et que des parents musulmans avaient alors demandé que leurs enfants en soient dispensés. Elle m'a demandé si je comprenais cela.

J'ai cité alors la Constitution fédérale qui garantit la liberté religieuse pour dire qu'un enfant ne peut pas être contraint de suivre un enseignement religieux ou de participer à une célébration religieuse. Ce qui serait le cas lors d'une fête de Noël où on récite des prières et où on chante des cantiques religieux. Dans ce sens, je le comprends. Mais dans le sens où les fêtes de Noël sont habituellement organisées dans les écoles, je n'admets pas l'idée d'une dispense, car c'est la communauté formée par la classe qui est au centre. C'est dans ce contexte que se place la citation concernant les couronnes de l'Avent et les sapins de Noël. Mais je n'ai jamais suggéré une interdiction de fêter Noël, c'est une pure invention du «Blick». Il y a certes un point d'interrogation dans le titre. Mais personne ne l'a lu. Vous savez comment cela se passe.

Le «Blick» vous accuse de subir des pressions et de donner raison aux musulmans extrémistes?

B.Z.: L'affirmation selon laquelle je subirais la pression d'organisations musulmanes est une invention du «Blick». C'est totalement faux, c'est de la démagogie. Je suis très heureux que les organisations islamiques aient publié un communiqué pour dire qu'elles soutiennent les fêtes de Noël dans les écoles. Il n'y a donc rien de vrai dans toute cette histoire. Je n'ai jamais eu connaissance d'aucun cas de ce genre en Suisse alémanique. C'est le «Blick» qui m'a confronté à ce cas vaudois et je ne suis même pas sûr qu'il soit bien réel.

Avez-vous repris contact avec le «Blick»?

B.Z.: Naturellement, j'ai discuté avec les gens du «Blick». Je leur ai dit que la citation était sortie de son contexte. Mais ils n'en ont pas tenu compte si vous voyez le contenu du journal les 2e et 3e jours. C'est pourquoi j'ai refusé de répondre à d'autres questions. Après l'expérience vécue, je n'avais aucune envie de participer à une grande interview. Surtout pour répondre à des questions stupides sur les biscuits de Noël à l'école ou si nous devrions fêter Noël dans la clandestinité.

Avez-vous prévu une autre réaction, notamment judiciaire?

B.Z.: Nous devons encore réfléchir à une éventuelle suite juridique. Mais le texte est écrit de manière à ce que nous ne puissions rien faire. Les journalistes du «Blick» savent très bien où se situent la limite et l'ambiguïté du point d'interrogation. Le texte est écrit de manière tendancieuse pour que la personne qui le lit ait le sentiment que nous sommes sous pression et que j'ai proposé une interdiction de Noël.

Il y a eu une contre-position dans diverses interviews. Dès le troisième jour, j'ai reçu de nombreux e-mails de soutien. Dans ce sens les choses ont été corrigées. C'est un problème d'éthique des journalistes et non pas le problème de celui qui a répondu à une interview.

L'UDC s'empare maintenant de vos propos pour une annonce publicitaire...

B.Z.: Je ne suis pas du tout content de l'annonce de l'UDC. Mais c'est ainsi que fonctionne la politique dans ce pays. Nous devons discuter de la suite à donner. Je dois voir exactement l'annonce et en parler avec mon avocat. C'est grave.

Sur le fond de la question, pensez-vous que des directives générales pour les écoles soient nécessaires?

B.Z.: Non, c'est la question de chaque école. La direction peut faire des recommandations et des propositions concrètes. En campagne, une école qui compte une large majorité d'enfants chrétiens n'aura pas les mêmes règles qu'une école d'un quartier industriel de Zurich avec 80% d'enfants non chrétiens. On ne peut pas donner d'instructions générales.

Quelle leçon tirez-vous de cette affaire?

B.Z.: Je n'ai qu'une seule leçon à tirer: soyez prudent lorsque vous avez un journaliste du «Blick» au téléphone. / SAH et MPA-La Liberté