Au bal des vélos

Découvrez la chronique de Lea Gloor, membre de la rédaction en chef.
06 juil. 2021, 05:30
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Ils sont une vingtaine à patienter sur leur vélo, devant l’enseigne d’une célèbre chaîne de fast-food. Mais aucun d’entre eux n’est là pour s’en mettre plein la panse.

Dans le va-et-vient incessant des deux-roues, les yeux rivés sur leur portable, un gros sac siglé sur leur dos, ils espèrent que quelqu’un, quelque part, aura bientôt les crocs, la dalle, le ventre qui gargouille. Mais aucune envie de cuisiner.

Poireauter, ça crée des liens. Suer aussi

Le long de l’artère de cette grande ville française, la foule absorbe et recrache ces coursiers dans un mouvement qui semble infini. En attendant que leur tour arrive, ces «auto-entrepreneurs» s’interpellent, se charrient, de vrais collègues de travail. Poireauter, ça crée des liens. Suer aussi: si les mieux lotis se lancent à l’assaut de l’asphalte au guidon d’un vélo électrique, d’un scooter ou d’une petite moto, la majorité se déplace à la force des mollets.

Les nouveaux arrivants se précipitent sur la vitrine de l’établissement, smartphone au poing. Derrière la vitre, l’employée se dépêche de contrôler les commandes et de remettre leur colis aux cyclistes. Sans un regard. Comme eux, elle a un tempo à respecter.

On s’en doute bien, tous ne font pas ce job par plaisir. On l’imagine aussi, c’est sûrement la meilleure option qu’ils aient trouvée pour se faire un peu d’argent. Mais, alors que la faim se fait sentir, on se demande: a-t-on vraiment envie d’entrer dans cette danse?

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par Lea Gloor