Un poète chinois arrêté pour avoir posté un portrait avec un parapluie

Un poète chinois a été arrêté et encourt jusqu'à trois ans de prison pour avoir posté une photo de lui portant un parapluie. L'objet est devenu symbole de révolution depuis les mouvements prodémocratiques hongkongais.

07 oct. 2014, 16:45
Un poète chinois a été arrêté pour avoir posté cette photo sur Twitter.

Avant les mouvements pro-démocratiques qui enflamment la ville de Hong Kong depuis une semaine, cette photo serait peut-être bien passée inaperçue. Pourtant, elle a valu à son auteur, le poète chinois Wang Zang, de se faire arrêter à son domicile de Pékin. L'artiste encourt jusqu'à trois ans de prison, annonce le Business Insider.

Wang Li, l'épouse du poète arrêté raconte que son mari a été arrêté le 1er octobre déjà, un jour seulement après qu'il a posté cette photo de lui-même portant un parapluie en soutien aux manifestants en place à Hong Kong. Un groupe d'une douzaine d'agents se sont ainsi rendus au domicile du couple, les priant de leur accorder du temps pour une conversation.

"Ils m'ont montré un mandat de perquisition et ont ensuite fouillé partout, cherché dans chaque recoin de la maison", raconte Wang Li. Ils ont fini par confisquer le parapluie bleu de son époux ainsi qu'un ordinateur, un routeur et, pour des raisons qui n'ont pas tout de suite paru claires à la propriétaire des lieux, une paire de vue. "Mes enfants de deux et cinq ans étaient terrifiés", ajoute-t-elle. "Au vu des objets confisqués, j'imagine que l'arrestation de mon mari est due à la photo de soutien au Mouvement des Parapluie", dit-elle.
"Depuis sa période universitaire, mon mari a toujours fait campagne pour défendre les droits des pauvres. Et je le soutiens. Je crois que ce qu'il a fait est juste. Rien de ce qu'a fait mon mari durant toutes ces années ne constitue un crime. Ce qu'il a fait est une bonne chose, pas un crime. Je serai toujours à ses côtés et je suis fière de lui et de ce qu'il a fait", soutient Wang Li.

Mouvement plus large

Selon Sui Muqing, avocate de Wang Zang, l'arrestation est en lien direct avec le soutien manifeste de son client au Mouvement des Parapluies. Elle semble faire d'une volonté plus large du Parti Communiste de museler les personnes "aux pensées et aux opinions différentes."

En tout, ce sont au moins 25 activistes de sept provinces différentes qui ont été arrêtés ou placés sous diverses formes de surveillance policières depuis le 26 septembre. Parmi ces cas, on compte notamment plusieurs activistes de la province de Guangdong, kidnappés par la police pour après avoir brandi des banderoles de soutien aux protestataires de Hong Kong.

On ne sait pas encore si d'autres parapluies ont été confisqués par la police chinoise pour les mêmes raisons que celui de Wang Zang. Mais il est certain pour William Nee, chercheur auprès d'Amnesty International Chine que Pékin ne veut pas que l'objet devienne un emblème d'opposition au Parti Communiste aussi en Chine continentale.

L'art au service de la révolte

Récemment, des activistes chinois se sont amusés à poster des photos montrant le président chinois Xi Jinping brandissant des parapluies.

Un artiste, connu sous le pseudonyme de "Milk" a pour sa part fait installer une statue de bois brandissant un parapluie jaune, au coeur de la ville de Hong Kong, rapporte The Telegraph. Surnommé "Umbrella Man", son visage est peint de blanc pour symboliser les jets de spray au poivre subi par les protestataires.

L'article mentionne également "The Lennon Wall", mur de Hong Kong recouvert de posts-it colorés, qui crient la révolte des opposants. Le mur a reçu le nom de l'un des Beatles en hommage à sa chanson "Imagine" et à la phrase "You may say I am a dreamer but I am not the only one" (Vous pouvez me traiter de rêveur mais je ne suis pas le seul", ndlr). Un mur similaire se dresse également à Sydney, en signe de soutien.

Les mouvements protestataires hongkongais ont reçu le nom de "Mouvement" ou "Révolution des Parapluies" après que les militants les ont utilisés pour se protéger des gaz lacrymogènes, projetés par les forces de l'ordre.