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Turbulences pour la Swisscoy

Si le Kosovo déclare l'indépendance unilatérale, l'armée suisse pourrait être privée de la base légale qui permet sa présence dans la région, explique Samuel Schmid. La mission des soldats suisses (Swisscoy) au Kosovo dans le cadre de la KFOR pourrait s'achever assez rapidement si les autorités kosovares décident de mettre leur menace à exécution et déclarer unilatéralement l'indépendance le 10 décembre prochain. C'est ce que Samuel Schmid a expliqué au cours d'un voyage qu'il a effectué vendredi dans l'ancienne province yougoslave. Samuel Schmid s'est notamment entretenu avec le président du Kosovo Fatmir Sejdu. L'objectif était notamment d'avertir ces interlocuteurs du dilemme qui pourrait surgir pour la Suisse si ce scénario devait se réaliser.

03 sept. 2007, 12:00

La loi militaire qui sert de cadre légal aux missions de l'armée Suisse à l'étranger prévoit qu'elles ne peuvent être ordonnées que sur la base d'un mandat de l'ONU ou de l'OSCE, explique Samuel Schmid. Or, la Russie, alliée de la Serbie, s'oppose en effet au plan Ahtisaari. Même s'il ne propose pas encore l'indépendance pleine et entière pour le Kosovo, l'émissaire spécial de l'ONU Martti Ahtisaari avait suggéré d'accorder à la province le droit de se doter d'une constitution et d'accéder aux organisations internationales. Mais les Russes ont averti qu'ils feront usage de leur droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU si une résolution sur la ligne du plan Ahtisaari devait y être discutée. De l'autre côté, le gouvernement kosovar, frustré par les atermoiements de la communauté internationale, se propose de déclarer unilatéralement l'indépendance en décembre. La difficulté, c'est de savoir quelles seraient les conséquences juridiques d'une telle déclaration sur la résolution 1244 de l'ONU sur laquelle le stationnement de la Swisscoy au Kosovo est basée, s'inquiète Samuel Schmid. Pour les autres pays qui participent à la KFOR, une déclaration d'indépendance unilatérale du Kosovo ne susciterait vraisemblablement pas les mêmes difficultés que pour la Suisse. «La plupart d'entre eux peuvent décider de rester sans mandat du Conseil de sécurité», note le chef du DDPS. Mais même si les dirigeants du Kosovo renoncent à leur idée, la KFOR risque de traverser quelques semaines passablement difficiles. Les attentes au sein de la population se sont en effet considérablement accrues et leur déception pourrait déboucher sur des échauffourées, estiment certains observateurs. Dans ce cas de figure, la Swisscoy resterait évidemment sur place, mais pourrait se retrouver exposée à une plus grande pression de la population albanophone. Toutes ces craintes sont vraisemblablement exagérées, estime cependant un analyste du renseignement engagé auprès de la KFOR. Personne n'a vraiment intérêt que la situation s'envenime inutilement, explique cet officier. «Une grande partie de la population vit aussi de la présence des forces internationales et n'a pas envie de les voir partir trop vite».

Reste que le DDPS doit rester prêt à toutes les éventualités, explique Samuel Schmid. Ce qui le préoccupe aussi, ce sont les conséquences pour le prestige et l'avenir des partenariats étrangers de l'armée suisse si le Conseil fédéral est en fin de compte contraint de retirer la Swisscoy. «Nos interlocuteurs comprennent évidemment les particularités de notre engagement, mais cela pourrait tout de même avoir des conséquences sur les coopérations futures», constate le ministre de la Défense. /ERE

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