Trois ans requis à Moscou contre les Pussy Riot

Le procureur a requis trois ans de camp ce mardi contre les trois jeunes femmes du groupe Pussy Riot.

07 août 2012, 16:00
Les trois jeunes femmes attendent leur procès.

Le parquet a requis mardi trois ans de prison contre les trois chanteuses et militantes féministes du groupe punk Pussy Riot, qui avaient manifesté en février contre Vladimir Poutine dans la cathédrale moscovite du Christ-Sauveur. Le verdict est attendu cette semaine.

"Le geste des prévenues démontre clairement une haine et une hostilité envers la religion", a déclaré le procureur Alexeï Nikiforov lors de son réquisitoire devant un tribunal de Moscou. "Jurer dans une église est une insulte à Dieu", a-t-il ajouté.

Le procureur n'a toutefois pas requis la peine maximale de sept ans de prison encourue par Maria Aliokhina, Nadejda Tolokonnikova et Iekaterina Samoutsevitch.

Vladimir Poutine avait déclaré la semaine dernière qu'il n'y avait "rien de bon" dans le spectacle des trois jeunes femmes mais avait ajouté qu'il ne fallait pas les juger "trop sévèrement". L'opposition et les associations de défense des droits humains avaient elles milité contre une peine d'emprisonnement.

Le verdict contre les trois jeunes femmes, poursuivies pour vandalisme motivé par la haine religieuse, devrait être rendu au cours de la semaine.

Plainte à Strasbourg

Une avocate des Pussy Riot a d'ores et déjà annoncé qu'elle allait saisir la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) pour protester contre les mauvais traitements subis par les prévenues. "On les a privées de sommeil, on ne les a pas nourries normalement, on les a humiliées", a déclaré Violetta Volkova au cours de l'audience.

L'avocate a également dénoncé la façon dont le procès a eu lieu, notamment le manque de temps accordé pour prendre connaissance du dossier, les débats menés de manière expéditive, des preuves fabriquées par le tribunal ou encore des témoins de la défense empêchés de venir témoigner.

Colère de l'Eglise orthodoxe

Les membres du groupe Pussy Riot avaient chanté une "prière punk" ponctuée de jurons et appelant la Vierge Marie à "chasser Poutine" du pouvoir sur l'autel de la cathédrale orthodoxe du Christ-Sauveur de Moscou le 21 février. Leur prestation a provoqué la colère de l'influente Eglise orthodoxe russe et du Kremlin.

Pour motiver la sentence requise, le procureur a affirmé que les Pussy Riot n'avaient "pas offensé Poutine mais la communauté orthodoxe". Il a balayé la défense des trois femmes basée sur l'idée que ce geste tendait à mettre en lumière le soutien de l'Eglise orthodoxe au président russe.

Dans un pays où peu croient en l'indépendance de la Justice, le Kremlin pourrait tirer son épingle du jeu et regagner du crédit auprès d'une partie de l'opinion si le jugement était relativement clément, ce qui pourrait toutefois offenser des responsables religieux orthodoxes.

Soutien de Madonna

A Moscou lundi pour un concert et l'ouverture d'une franchise de son club de gymnastique, la chanteuse Madonna a défendu les trois accusées.

"Je suis contre la censure et tout au long de ma carrière, j'ai toujours défendu la liberté d'expression", a déclaré la star américaine. "Je suis évidemment convaincue que ce qui leur arrive (aux Pussy Riot) est injuste", a-t-elle ajouté.

"J'espère qu'elles n'auront pas à purger sept années en prison. Ce serait une tragédie. Je crois que l'art doit être politique. Historiquement, l'art a toujours refleté ce qui se passe dans la société", a-t-elle encore dit. D'autres artistes comme Sting ou les Red Hot Chili Peppers ont également appelé à la clémence.

Procès "moyenâgeux"

Mikhaïl Khodorkovski, l'un des plus célèbres prisonniers russes, a estimé que les membres de "Pussy Riot" étaient peut-être allées trop loin mais il a aussi dénoncé le caractère "moyenâgeux" de leur procès.

L'ancien magnat du pétrole, qui a été jugé par le même tribunal, a appelé à la clémence en raison de l'âge des accusées et déclaré que la façon dont elles étaient traitées jetait le discrédit sur la Russie.

"Il est pénible de suivre les événements qui se déroulent au tribunal de Moscou où sont actuellement jugées Macha, Katia et Nadia", écrit Mikhaïl Khodorkovski sur son site internet. "Le terme 'jugées' ne peut être entendu ici que dans le sens dans lequel il était utilisé sous l'inquisition du Moyen-Age", a ajouté l'ancien dirigeant de la compagnie pétrolière Ioukos emprisonné depuis 2004 pour fraude et évasion fiscale.