Thaïlande: deux ministères envahis par des manifestants

Deux ministères ont été envahis lundi à Bangkok par un millier de manifestants en colère qui réclamaient le départ de la Première ministre thaïlandaise.

25 nov. 2013, 17:30
epa03964680 Thai anti-government protesters sit outside the building after they stormed into the Public Relations Department in Bangkok, Thailand, 25 November 2013. Thousands of protesters occupied parts of the Finance Ministry in an effort to paralyze the government of Thai Prime Minister Yingluck Shinawatra. The protesters, blowing whistles and carrying flowers, marched on 13 government offices including state-owned television stations, military and police headquarters, the parliament and Government House where the cabinet meets to overthrow the 'Thaksin regime.'  EPA/NARONG SANGNAK

Un millier de manifestants hostiles à la Première ministre Yingluck Shinawatra sont entrés de force lundi au siège du ministère des Finances à Bangkok. Face à la contestation grandissante, elle a annoncé l'extension d'une loi de sécurité spéciale dans toute la capitale.

"Le gouvernement demande à la population de ne pas se joindre à des manifestations illégales et de respecter la loi", a déclaré Yingluck Shinawatra, annonçant l'extension du périmètre de la Loi de sécurité interne, qui renforce le champ d'action de la police. Elle a fait cette annonce après que des centaines de manifestants sont entrés lundi après-midi dans le complexe du ministère des Finances.

"C'est la dernière étape de la désobéissance civile", a déclaré à la foule Suthep Thaugsuban, un des dirigeants du Parti démocrate, principal parti d'opposition, entré dans le complexe avec ses partisans. "Si les fonctionnaires ne cessent pas leur travail, nous prendrons tous les ministères demain pour montrer que le système Thaksin n'a pas de légitimité à diriger le pays", a-t-il ajouté.

Camping protestataire

En fin de journée, les manifestants ont ensuite pénétré dans le complexe du ministère des Affaires étrangères, qui n'était apparemment pas gardé par les forces de l'ordre, en cassant le portail. Ils ont demandé aux fonctionnaires de partir et de ne pas revenir mardi, a précisé le porte-parole du ministère.

Plusieurs dizaines de milliers d'opposants ont ensuite marché vers une dizaine de sites, dont les sièges de la police et de l'armée. Ils s'apprêtaient à dormir près des ministères et au pied du Monument de la Démocratie, lieu emblématique de leur mouvement. Les tentes sont plantées depuis des jours et l'organisation bien rodée, entre distribution de nourriture et bus-WC.

Des roses en cadeau

Eparpillés dans la capitale, les manifestants agitaient des drapeaux thaïlandais, dans un bruit assourdissant de sifflets qui sont devenus leur signe de ralliement. Criant "Thaksin dehors, l'armée avec nous!", certains d'entre eux ont appelé à une intervention militaire et ont symboliquement remis des roses à des membres des forces de l'ordre.

Les rues du centre-ville d'habitude lieu de perpétuels embouteillages étaient vides, hormis les opposants. Et de grands parpaings de béton bloquaient l'accès au siège du gouvernement.

Les partisans de l'opposition - 150'000 à 180'000 selon les autorités, bien plus selon les organisateurs - s'étaient déjà rassemblés dimanche, après des semaines d'une mobilisation quasi quotidienne faisant craindre des débordements.

Cette mobilisation est d'une ampleur inédite depuis les troubles meurtriers survenus en 2010 entre partisans et adversaires de Thaksin Shinawatra.

L'amnistie de la colère

C'est un projet de loi d'amnistie qui a provoqué la colère des manifestants. Ils estiment qu'elle pourrait permettre le retour de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, frère de l'actuelle Première ministre, Yingluck Shinawatra. Thaksin est en exil pour échapper à une condamnation à deux ans de prison pour malversations financières.

Le rejet de ce projet de loi par le Sénat, puis sa suspension, n'ont pas suffi à calmer l'opposition. La mobilisation s'est transformée en mouvement de contestation générale contre Yingluck Shinawatra, considérée par ses détracteurs comme la marionnette de son frère.

Un débat sur une motion de censure est prévu mardi au Parlement mais Yingluck Shinawatra affirme qu'elle ne démissionnera pas. "Le gouvernement a toujours les moyens de fonctionner, même si nous sommes confrontés à quelques difficultés. Toutes les parties ont affiché leurs objectifs politiques et elles doivent maintenant se tourner les unes vers les autres et discuter afin de trouver une issue pacifique pour le pays", a-t-elle dit.

Dix-huit coups d'Etat

La Thaïlande a connu 18 coups d'Etat ou tentatives depuis l'établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932, dont celui qui l'a renversé en 2006.

La forme que prend la contestation actuelle ressemble au mouvement des "chemises jaunes" en 2008. Ces opposants à Thaksin Shinawatra avaient alors bloqué les aéroports de Bangkok et organisé de vastes manifestations dans la capitale.