Point de vue de Pierre Bühler: "Rien vu, rien entendu, rien dit!"

"Une organisation détruit les stocks d'armes chimiques en Syrie, des entreprises s’empressent de les renflouer, tout le monde est choqué", constate le théologien Pierre Bühler. Découvrez son point de vue: comme d’autres personnalités locales, nous l’invitons à s’exprimer régulièrement sur des sujets d’actualité.

11 mai 2018, 12:01
Le régime syrien aurait utilisé des armes chimiques dans la Ghouta orientale.

L’image est bien connue: trois singes sont assis côte à côte, et de leurs mains, le premier couvre ses yeux, le second ses oreilles et le troisième sa bouche. Cette image s’est imposée à moi en lisant récemment les articles de journaux concernant des livraisons de produits chimiques à la Syrie.

D’un seul chœur, la communauté internationale s’est dite choquée et a crié au scandale: le régime syrien a répandu du gaz sarin sur sa propre population au printemps 2017 et à nouveau le 7 avril de cette année, suscitant ainsi des centaines de morts et de blessés graves. Mais d’où provient donc ce gaz, puisque l’OIAC (l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques) avait annoncé en mai 2014 avoir détruit tous les stocks chimiques en Syrie, notamment 120 tonnes d’isopropanol, un produit servant à produire le gaz sarin? La réponse est simple: une enquête a pu dévoiler 24 livraisons de produits chimiques entre mai 2014 et décembre 2016, en provenance de Belgique, notamment, mais une entreprise suisse aussi a participé. Ce sont ainsi 168 tonnes d’isopropanol qui ont pu gagner la Syrie.

Une organisation détruit les stocks, des entreprises s’empressent de les renflouer, puis tout le monde est choqué!

Et c’est quand il faut s’expliquer qu’intervient le principe «rien vu, rien entendu, rien dit»: les clients syriens n’auraient rien à voir avec le régime, les entreprises auraient ignoré qu’il fallait une permission, les douanes auraient été au courant, mais ne s’y seraient pas opposées, cela ne pourrait plus se faire maintenant, etc.

Dénégations peu convaincantes, laissant sans véritable réponse les questions troublantes. Le procès annoncé en Belgique fera-t-il la lumière? J’en doute, et en Suisse, il n’est même pas question d’un procès.

A quand, une politique qui ne tolère plus que la main droite ne sache pas ce que fait la gauche? Quand les poules auront des dents?