Votre publicité ici avec IMPACT_medias

Point de vue de Nicolas Rousseau: "Le silence coupable des Occidentaux"

L'armée turque attaque l'enclave kurde d'Afrin en Syrie. La communauté internationale reste muette, déplore Nicolas Rousseau, poète, essayiste, chroniqueur. Découvrez son point de vue: comme d’autres personnalités locales, nous l’invitons à s’exprimer régulièrement sur des sujets d’actualité.

16 mars 2018, 12:00
La population fuit les combats à Afrin. La Turquie s'en prend aux forces kurdes en territoire syrien.

Voilà plus de cinquante jours qu’avec ses avions et ses chars et avec l’aide de supplétifs islamistes, l’armée turque attaque l’enclave kurde syrienne d’Afrin. Elle y aurait déjà tué quelques centaines de civils et entraîné de nombreux déplacements de populations. Le prétexte? Les Kurdes syriens menaceraient la Turquie parce qu’ils sont alliés avec un parti kurde qui lui-même l’attaquerait de l’intérieur, le PKK en l’occurrence.

Or, ils n’ont en fait jamais violé la frontière turque; de plus, débarrassée des troupes d’Assad dès 2013, cette enclave constituait jusque-là un espace de relative tranquillité pour les réfugiés venus d’autres régions de Syrie, où différentes communautés vivaient en relative intelligence et où une certaine forme de démocratie participative avait été mise en place.

A part quelques protestations de pure forme, la communauté internationale reste muette, alors que dans sa lutte contre les islamistes de Daech, elle s’est largement appuyée sur une coalition arabo-kurde qui, au sol, a consenti à d’immenses sacrifices pour les repousser dans leurs derniers retranchements.

Ce silence est coupable à plusieurs titres: les Turcs violent la frontière d’un pays souverain, cela sans que l’ONU s’en émeuve; le président islamo-conservateur Erdogan se trouve encouragé aussi bien dans sa politique répressive à l’intérieur de la Turquie que dans ses ambitions nationalistes et expansionnistes; le président Assad se frotte les mains, car les Kurdes syriens pouvaient encore menacer son projet d’étendre à nouveau son contrôle dictatorial sur tout le pays. 

La Russie a laissé faire les Turcs, alors qu’elle contrôle tout l’espace aérien de la région. Elle attend certainement qu’une fois acculés, les Kurdes lui demandent sa médiation et qu’elle apparaisse ainsi comme la seule puissance pacificatrice de la région. Que vaudra désormais une alliance avec les Occidentaux si, à la première occasion, ces derniers sont prêts à l’oublier?

Bref, par son silence, l’Occident est en train de se tirer une belle balle dans le pied!

Votre publicité ici avec IMPACT_medias