Planquez bois et papier, les termites colonisent les habitations d'Europe

Les insectes mangeurs de bois ont été signalés à Grenoble et en Italie du nord. Et demain en Suisse? Par précaution, les désinfestateurs s'initient à la lutte antitermites. Insecte ravageur, taille de 4 à 10 millimètres, couleur blanche (larve) ou noire (adulte). Vit en colonies de plusieurs dizaines de milliers d'individus, dévore bois, livres, vieux papier et autres produits à base de cellulose. Son nom: le termite (au masculin s'il vous plaît).

15 avr. 2008, 12:00

Signe particulier: a déjà infesté la moitié des départements français - et plusieurs grandes villes d'Europe. Et demain, la Suisse? Les professionnels de la lutte antiparasites les y attendent de pied ferme. Au début de ce mois, la Fédération suisse des désinfestateurs a organisé son tout premier cours de formation sur le sujet.

Les termites, passagers clandestins des caisses de bananes et autres importations tropicales? Même pas! «Je suis intervenu une seule fois pour des termites tropicaux en Suisse. Ils étaient logés dans le cadre en bois d'un tableau importé du Pérou», raconte le Fribourgeois Gérard Cuendet, biologiste et président de la Fédération suisse des désinfestateurs. Il précise que ces termites tropicaux posent peu de problèmes lorsqu'ils arrivent par accident sous nos latitudes, «car ils sont incapables de proliférer en dehors d'une pièce de bois.»

Le vrai problème, en Europe, ce sont les termites... européens.

Contrairement à leurs cousins tropicaux qui construisent des termitières, ces insectes du genre réticulitermes vivent dans le sol. Ils sont présents dans la nature en France (sud-ouest et Méditerranée), de même qu'en Espagne, en Italie ou en Grèce.

Le hic, c'est que les termites souterrains d'Europe se sont mis à coloniser les habitations - même en pleine ville. Cinquante départements français sont touchés, soit quelque 10 000 désinfestations par an rien qu'en métropole. Avec un coût moyen de 5000 euros (8000 francs.) par intervention, le marché du termite génère un chiffre d'affaires de plus de 110 millions de francs par an rien qu'en France, selon le Dr Marc Jequel, d'un laboratoire spécialisé de Bordeaux.

Comment diable des termites «sauvages» se retrouvent-ils en plein centre de Paris? «Mystère et boule de gomme», répond Gérard Cuendet.

«Ce qui est sûr, c'est qu'ils n'y sont pas allés avec leurs six pattes: les activités humaines sont un moyen bien plus rapide. On peut déplacer des termites sans le savoir en transportant du bois de feu, des stocks de papier ou des mottes de terres infestées.» Quelques larves suffisent pour créer une nouvelle colonie.

En Suisse, aucun cas n'a été signalé à ce jour. «Mais le problème est si important en France qu'il n'y a vraiment aucune raison que ça n'arrive pas un jour ou l'autre», prévoit Gérard Cuendet. La Grande-Bretagne et l'Allemagne du nord y sont déjà passés. Et les cas les plus proches sont signalés à moins de 200 km de nos frontières, à Grenoble ou en Italie du nord. «Les termites seraient parfaitement à l'aise dans le climat suisse», note Gérard Cuendet. «D'autant que la plupart des bâtiments sont chauffés.»

Le plan d'assaut est parfaitement rodé. Vivant sous terre, les termites pénètrent dans les bâtiments par le sous-sol. Comme ils fuient la lumière, ils progressent ensuite en construisant des «cordonnets», petits tunnels à base de terre et de leurs déjections, qui courent le long des murs, dans l'isolation ou les gaines électriques. «Ils prospectent, et s'ils trouvent à se nourrir, ils restent.» Persévérants avec ça: la prospection peut durer des mois!

L'indice le plus sûr de la présence de termites? Les fameux cordonnets, justement. En cas d'invasion, inutile de dégainer la bombe de spray: la colonie reviendra toujours. Mieux vaut faire appel à un spécialiste, qui posera des barrières insecticides, ainsi que des appâts imbibés d'une substance qui stoppe leur développement. Au lieu de mourir sur place, les termites ramèneront cet aliment mortel à leurs camarades de colonie. Et couic! / AMO-La Liberté

Fédération suisse des désinfestateurs. www.fsd-vss.ch.