ONU: Didier Burkhalter appelle les Etats à renforcer leurs liens face à l'insécurité

50 millions de personnes dans le monde sont forcées à l'exil par l'insécurité. A l'ONU, Didier Burkhalter, président de la Confédération, a appelé les Etats à renforcer leurs liens.

25 sept. 2014, 09:57
Didier Burkhalter a rappelé aux Etats présents à l'ONU leur obligation de protéger les jeunes des horreurs de la guerre.

Le président de la Confédération Didier Burkhalter a appelé, mercredi à New York devant l'ONU, les Etats à renforcer leurs liens. "Les jeunes sont en droit d’attendre que nous" leur remettions demain "une humanité qui rime pleinement avec sécurité, liberté et prospérité", a-t-il lancé.

"Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, l'humanité n'a compté autant de personnes déplacées ou exilées", a relevé M. Burkhalter à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies. Plus de 50 millions de personnes ont été "arrachées à leur maison".

En raison de ce "fleuve d'insécurité", 75 millions de jeunes âgés de 15 et 24 ans se retrouvent sans travail, a poursuivi le ministre des Affaires étrangères. Dans certaines régions, le chômage des jeunes est tellement élevé qu'une personne sur deux de cette tranche d'âge est touchée.

Les Etats ont l'obligation de protéger les jeunes des horreurs de la guerre. Leur donner la possibilité de s'instruire et des perspectives de travail est le meilleur moyen de les éloigner de la violence, a déclaré M. Burkhalter.

Condamnation de l'EI

La Suisse va intensifier son action pour la protection et la santé des femmes, notamment en matière sexuelle. Elle entend également lutter contre l’engagement des jeunes dans les conflits et le phénomène des enfants-soldats.

M. Burkhalter s'est dit particulièrement préoccupé par l'évolution de la situation au Moyen-Orient, notamment en Syrie et en Irak. "La Suisse condamne avec la plus grande fermeté les actes brutaux du groupe qui s’autoproclame Etat islamique (EI) et de ceux qui lui sont associés". Ces groupes nient les droits de l’homme et le droit international humanitaire. "Ils bafouent la dignité humaine", selon lui.

Berne soutient une résolution de l'ONU

L'ONU doit montrer que le droit prévaut sur la force, a souligné le conseiller fédéral. Avec quelque 60 autres Etats, la Suisse a demandé à plusieurs reprises au Conseil de sécurité de saisir la Cour pénale internationale (CPI) sur la situation en Syrie. Le cas de l'EI ne peut être résolu seulement si "la crise en Syrie est traitée dans son intégrité", a-t-il argué. Quant à l'Irak, il doit adhérer au statut de Rome de la CPI.

La Suisse a en outre cosigné la résolution contraignante du Conseil de sécurité de l'ONU visant les combattants étrangers qui rejoignent les groupes radicaux, tel l'EI. Elle se dit prête à participer activement aux efforts internationaux, a indiqué le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

M. Burkhalter a précisé à New York que la Suisse n'avait pas besoin de renforcer ses lois pour appliquer la résolution. Il a aussi rappelé que la législation helvétique dans la lutte contre le financement du terrorisme était très efficace.

Le chef du DFAE a également condamné l'assassinat de l'otage français en Algérie, Hervé Gourdel, peu après son discours, devant la presse. Il a dénoncé un "acte absolument barbare".

Annexion illégale de la Crimée

M. Burkhalter a aussi appelé les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, c'est-à-dire les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine, à ne pas utiliser le droit de veto en cas de violation grave des droits de l'homme, de génocide ou de crime de guerre.

Les violations du droit international ne doivent pas non plus être tolérées ailleurs dans le monde, a poursuivi le Neuchâtelois, faisant référence à l'annexion "illégale" de la Crimée par la Russie et aux incursions militaires dans l'est de l'Ukraine.

La réponse à de telles violations doit toutefois "rester pondérée et laisser la place au dialogue". "Se contenter d’isoler la Russie du reste de l’Europe ne résoudrait aucun problème et en créerait de nouveaux, en Europe et au-delà", a encore relevé l'actuel président de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Un dollar par Suisse et par jour

Afin d'intensifier la coopération internationale dans le développement et l'humanitaire, le président de la Confédération a annoncé une hausse de la contribution suisse. Berne consacrera, en 2015, 0,5% du revenu national brut à l'aide au développement, soit "un peu plus d'un dollar par jour et par habitant".

Les moyens pour lutter contre l'épidémie de fièvre hémorragique Ebola en Afrique de l'Ouest seront également augmentés. Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) se sont associés pour développer deux vaccins contre le virus, a-t-il rappelé.

Le ministre suisse des affaires étrangères a encore plaidé pour le site genevois de l'ONU. "Genève est un don pour la Suisse et pour le monde", a-t-il affirmé, indiquant que la Suisse allait agir pour consolider les structures présentes dans la cité de Calvin et "favoriser la mise en réseau des nombreuses compétences qui s’y trouvent".