Nucléaire iranien: les grandes puissances et Téhéran ont conclu un accord-cadre

Après huit jours de marathon diplomatique, un accord-cadre préliminaire a été conclu jeudi à Lausanne entre les grandes puissances et l'Iran au sujet du nucléaire iranien. Une étape cruciale sur la voie d'un accord final d'ici au 30 juin.

03 avr. 2015, 06:47
EU High Representative for Foreign Affairs and Security Policy Federica Mogherini, left, and Iranian Foreign Minister Mohammad Javad Zarif, right, speaks during a press event after the end of a new round of Nuclear Iran Talks in the Learning Center at the Swiss federal Institute of Technology (EPFL), in Lausanne, Switzerland, Thursday, April 2, 2015. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

Les grandes puissances et l'Iran ont conclu jeudi à Lausanne un accord-cadre préliminaire pour résoudre le dossier du nucléaire iranien, ont annoncé les dirigeants occidentaux et iraniens. Il s'agit d'une étape cruciale sur la voie d'un accord final d'ici au 30 juin.

Cette annonce couronne huit jours d'un incroyable marathon diplomatique dans un palace lausannois. Les négociateurs ont discuté jour et nuit pour arracher un compromis historique avant un accord final.

Des progrès suffisants ont été obtenus pour poursuivre les négociations jusqu'à l'échéance du 30 juin et un accord final, ont annoncé la cheffe de la diplomatie de l’UE et son homologue iranien. Federica Morgherini et Mohammad Javad Zarif se sont exprimés jeudi soir au Learning Center de l’EPFL à Lausanne. Ils ont lu respectivement en anglais et en farsi une déclaration commune.

Ils ont salué "La bonne volonté et le travail difficile" de toutes les parties pour rendre cet accord-cadre possible, dont les négociateurs de Téhéran et des pays du P5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni + Allemagne).

Mme Morgherini et M. Zarif ont tenu à remercier la Suisse et son gouvernement pour avoir accueilli ces négociations. Peu auparavant, le secrétaire d’Etat américain John Kerry s'était exclamé en français: "On vous remercie tous en Suisse", saluant l'accueil et l'hospitalité des Helvètes.

Dans le même temps, à Téhéran, plusieurs centaines d'Iraniens célébraient ce succès dans les rues. Une partie de la grande avenue Vali Asr, qui traverse la capitale iranienne du sud au nord, était bloquée par une longue file de voitures dont les conducteurs actionnaient leur klaxon.

Entente "historique"

Intervenant à la Maison Blanche, le président américain Obama a salué une "entente historique avec l'Iran qui, si elle est pleinement appliquée, l'empêchera d'obtenir l'arme nucléaire". Mais il a immédiatement souligné que tout accord ferait l'objet de "vérifications sans précédent" quant à son application. Si l'Iran triche, "le monde le saura", a-t-il ajouté.

D'après ce pré-accord, la capacité d'enrichissement d'uranium de l'Iran devra être réduite des deux tiers (ses centrifugeuses passant de 10'000 à 6000), et Téhéran obtiendrait en échange la levée des sanctions qui étranglent son économie depuis une dizaine d'années.

L'Iran a accepté en outre de ne pas enrichir d'uranium a plus de 3,67% pendant au moins quinze ans. Téhéran consent également à ne pas construire de nouvelles installations d'enrichissement d'uranium pendant quinze ans.

En fonction de Téhéran

Les sanctions occidentales seront levées en fonction du respect des engagements de l'Iran, a immédiatement prévenu l'Union européenne. Et elles seront rétablies "si l'accord n'est pas appliqué", a mis en garde la présidence française dans un communiqué.

Tout accord final devra être endossé par le Conseil de sécurité de l'ONU, a par ailleurs souligné Mme souligné Mme Mogherini.

Au-delà du nucléaire, le traité pourra, s'il est mis en oeuvre, contribuer "à la paix et à la stabilité dans la région" du Proche-Orient, a estimé le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.

La communauté internationale veut brider le programme nucléaire iranien et le contrôler étroitement pour s'assurer que Téhéran ne se dotera jamais de la bombe atomique. La négociation, relancée en 2013 après des années de crise, butait sur des points-clés, dont le nombre de centrifugeuses, machines qui permettent d'enrichir l'uranium, et les modalités de levée des sanctions.

Maintes réactions

La Suisse a applaudit l'accord conclu. "Une bonne nouvelle pour cette région du monde et pour la promotion de la paix", a estimé Didier Burkhalter, chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Tandis que la Russie estime que cet accord constitue une reconnaissance du droit "inconditionnel" de l'Iran à développer un programme civil, Israël a estimé que se réjouir de l'accord-cadre était "détaché" des réalités. L'Etat hébreu a promis de continuer à se battre contre tout "mauvais" accord définitif qui doit intervenir avant le 30 juin.

C'est un "accord d'étape" positif, mais "il reste du travail à faire", a insisté le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius. De leur côté, et malgré les avertissements de M. Obama, les républicains du Congrès ont annoncé qu'ils persisteraient à demander un droit de regard sur tout accord final.

Le compromis de jeudi ne marque pas la fin de l'histoire. Même si les négociateurs réussissent à s'entendre sur tous les grands "paramètres" et à fixer des orientations assez précises (qui ne seront d'ailleurs peut-être pas toutes publiées), tous les détails techniques de ce dossier extraordinairement complexe devront être éclaircis et finalisés pour cet accord final le 30 juin.