Norvège: le terroriste d’extrême-droite Breivik demande sa libération 10 ans après

Il est l’auteur de l’un des pires attentats terroristes d’extrême-droite. Le Norvégien Anders Behring Breivik a demandé sa libération devant la justice ce mardi. Il y a dix ans il avait commis une attaque à la bombe à Oslo et tiré sur des adolescents sur l’île d’Utøya, faisant 77 morts.
18 janv. 2022, 19:34
Le tueur a réitéré les provocations lors de la procédure judiciaire.

Salut hitlérien, longue tirade décousue… Plaidant pour sa libération dix ans seulement après avoir tué 77 personnes en Norvège, l’extrémiste de droite Anders Behring Breivik a transformé mardi une procédure judiciaire a priori vouée à l’échec en tribune idéologique comme le redoutaient les familles de ses victimes.

Devant trois magistrats siégeant, pour des raisons de sécurité, dans le gymnase de la prison de Skien (sud) où il est incarcéré, l’extrémiste de 42 ans a une nouvelle fois dit se démarquer de la violence. Il a assuré qu’il ne pouvait être tenu pour responsable de ses attaques, invoquant un «lavage de cerveau» par sa mouvance.

Ses propos n’ont convaincu ni experts, ni rescapés de la tuerie, ni proches des victimes qui redoutaient que cette procédure de trois jours, retransmise avec un léger différé par certains médias, ne lui serve de plateforme.

Le 22 juillet 2011, Breivik avait fait exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo, faisant huit victimes. Il avait ensuite tué 69 autres personnes, des adolescents pour la plupart, en ouvrant le feu sur un camp d’été de la Jeunesse travailliste sur l’île d’Utøya.


En 2012, il avait été condamné à 21 ans de prison avec possibilité d’extension, assortis d’une peine minimale de dix ans – le maximum à l’époque.

Crâne rasé

D’emblée, il a conforté les craintes mardi: crâne rasé et bouc soigné, il est entré dans le prétoire avec un écriteau «Cessez votre génocide contre nos nations blanches» en anglais sur sa mallette et son costume sombre, et fait un salut nazi à l’arrivée des trois juges.

Lors d’une longue intervention, il a ensuite affirmé n’avoir été qu’un simple «fantassin» du mouvement néonazi Blood & Honour. Il lui a imputé la responsabilité des attaques, n’endossant, lui, que celle de s’être laissé radicaliser.

Donnant sa «parole d’honneur» que la violence, en ce qui le concerne, relevait du passé, il a dit vouloir continuer son combat pour le national-socialisme de façon pacifique. Il s’est déclaré prêt à renoncer à tout engagement politique si la Cour le lui demandait.

Rescapés scandalisés

«Il ne fait aucun doute qu’il assume ce qu’il a fait même s’il essaie de prendre ses distances», a commenté Tore Bjørgo, directeur du Centre de recherche sur l’extrémisme de droite (C-REX) de l’université d’Oslo.

Dans sa tentative de se disculper, parfois déconcertante au point de soulever des rires dans l’assistance, l’extrémiste a disséqué son processus de radicalisation, l’occasion pour lui de tenir un laïus idéologique parlant de «guerre culturelle» et de «white power».

La publicité qui lui a été accordée a scandalisé rescapés et familles. «C’est parce qu’il est un symbole de l’extrême droite qui a déjà inspiré plusieurs autres tueries de masse que j’estime que Breivik ne devrait pas être diffusé à la télé», a tweeté Elin L’Estrange, qui avait survécu aux attaques.


Sa demande de libération conditionnelle n’a, de l’avis général, aucune chance d’aboutir. Mais elle est considérée comme un test que l’Etat de droit – que Breivik avait tenté de détruire – doit surmonter en traitant l’extrémiste comme tout autre justiciable.

par Keystone - ATS