Llorente ronge son frein

Fernando Llorente ne sera certainement pas titulaire ce soir à Durban (20h30) en demi-finale contre l'Allemagne. L'avant-centre de l'Athletic Bilbao demeure barré en équipe d'Espagne par Fernando Torres, malgré la méforme flagrante de ce dernier. Et malgré les voix qui s'élèvent pour réclamer un roque entre les deux tours ibères.
02 août 2015, 19:23

Llorente n'a disputé que 33 minutes de ce Mondial, en 8e de finale contre le Portugal. Del Bosque fait confiance à Torres, qu'il place systématiquement en pointe avec Iniesta à sa droite et Villa à sa gauche, soit les deux seuls réalisateurs de la Roja dans ce tournoi (respectivement 5 et 1 buts). Le joueur de Liverpool, pour l'heure, est désespérément resté muet.

Mais, plus que dans l'absence de but au bilan du Niño, l'inquiétude réside surtout dans les performances de celui-ci. Torres a bénéficié de la clémence de tous lors des trois premiers matches de l'Espagne, lui qui avait subi une arthroscopie au genou le 18 avril seulement et dont la participation au Mondial avait longtemps été incertaine.

Torres devait monter en puissance à force d'accumuler du temps de jeu. Or, après 265 minutes passées sur le terrain - 290 si l'on compte l'ultime partie amicale de la Selección contre la Pologne -, force est de constater que le compte n'y est pas encore. Et la patience à ses limites, qui ont visiblement été franchies lors du quart de finale contre le Paraguay, durant lequel El Niño a rendu une copie bien pâle.

Les médias espagnols ont alors commencé de militer pour le remplacement du joueur de Liverpool par Fernando Llorente et ses 194 centimètres. Mais Del Bosque semble ne pas l'entendre de cette oreille. Si le sélectionneur a laissé planer le doute - il aurait effectué des tests lors de l'entraînement à huis clos de mardi -, peu d'observateurs croient à la titularisation du natif de la Rioja. Il se dit même que Del Bosque s'est senti obligé de retenir Llorente dans sa liste de 23 pour la Coupe du monde, sans véritablement apprécier le type de joueur qu'il est. C'est qu'avec deux saisons à 14 réalisations pour l'Athletic Bilbao, le no 19 de la Roja avait quelques arguments à faire valoir, lui qui a terminé troisième meilleur buteur espagnol de la Liga 2009-2010 derrière Villa et Soldado.

Un autre argument peut également faire pencher la balance en faveur de Llorente. Il a déjà affronté le défenseur central allemand Per Mertesacker cette saison, en phase de groupes de l'Europa League, et avait inscrit le seul but de l'Athletic Bilbao, qui s'était incliné 3-1 à Brême. Notons au passage que, plus tard dans la compétition, le Werder était tombé au stade des 8es de finale contre Valence, qui avait arraché un nul 4-4 en Allemagne grâce à un triplé de... David Villa.

Anecdote mise à part, la titularisation de Llorente offrirait une solution de plus à la Roja, dont le jeu a pu paraître un brin stéréotypé et lent dans ce Mondial. Avec son jeu de tête, le no 19 permettrait aux Ibères de, parfois, sauter une ligne et de surprendre la Mannschaft sur les deuxièmes ballons. Pour le faire, l'Espagne devrait renoncer à certains de ses principes. Et il n'est vraiment pas sûr que Del Bosque soit prêt à l'accepter. /si

L'Allemagne se méfie comme de la peste des «Messi» espagnols

L'Espagne est pour l'Allemagne un adversaire beaucoup plus dangereux que l'Argentine. La raison? Son jeu repose davantage sur son collectif que sur des exploits individuels. L'Allemagne a marqué les esprits en surclassant l'Argentine 4-0 en quart de finale et en neutralisant Lionel Messi, mais la Mannschaft s'attend à un tout autre match face aux champions d'Europe espagnols. «C'est l'équipe qui a montré le plus de régularité ces deux, trois dernières années», rappelle l'entraîneur allemand Joachim Löw, qui garde en mémoire le souvenir cuisant de la défaite 1-0 en finale de l'Euro 2008, où l'Allemagne avait semblé impuissante face à la Roja. «L'Espagne n'a pas un Messi. Elle a plusieurs Messi! En attaque, en particulier, il y a beaucoup de joueurs qui peuvent décider du sort d'un match. L'Espagne, ce n'est pas l'Angleterre ou l'Argentine, des équipes qui font des erreurs.»

Les Espagnols «commettent très peu d'erreurs, en attaque ou en défense, donc nous allons devoir les pousser à la faute», poursuit le sélectionneur allemand, qui devra se passer pour ce match du jeune Thomas Müller, auteur de quatre buts depuis le début du tournoi mais suspendu pour avoir reçu un deuxième carton jaune contre l'Argentine. Selon Löw, le salut de la jeune Mannschaft dépendra de sa capacité à brider les moteurs du jeu espagnol, la paire du FC Barcelone composée d'Iniesta et Xavi. «Le milieu de terrain espagnol a un axe bien huilé. Mais Khedira et Schweinsteiger sont aussi forts, donc cela va être un secteur clé où peut se décider l'avantage.»

Khedira, victime d'une contracture à la cuisse droite contre l'Argentine, a été déclaré apte à jouer la demi-finale, de même que l'attaquant d'origine brésilienne Cacau, qui souffrait des abdominaux depuis le 8e de finale contre l'Angleterre. /si