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Les toilettes du bonheur

Père de la révolution sanitaire, Bindeshwar Pathak a créé un réseau de toilettes publiques sans égouts ni fosses septiques. Ce modèle est cité en exemple alors que l'eau potable se fait rare sur la planète Imaginez une nation qui produit plus de 900 millions de litres d'urine et 135.000 tonnes de matières fécales par jour. Dans un contexte où la démographie galope, où l'eau se raréfie, où seuls 3% des eaux usées des villes sont traitées et où le reste retourne aux fleuves... d'où provient l'eau du robinet.

18 mars 2006, 12:00

Bienvenue en Inde, pays dont on prédit pour les années à venir une croissance économique exceptionnelle de près de 8% et qui fait fantasmer les patrons du monde entier. Bienvenue dans un pays où deux tiers des 1,1 milliard d'habitants n'ont toujours pas d'installations sanitaires.

Mais un homme, un grand homme, conscient de la bombe à retardement en forme d'épidémies diverses que représente cette cruelle réalité, se mobilise efficacement pour la cause, à l'aide de la Sulabh International Social Service Organization, l'organisation non gouvernementale qu'il a fondée en 1970. Docteur en sociologie, à 61 ans, Bindeshwar Pathak est connu dans le monde entier comme le père de la révolution sanitaire indienne.

Ils sont plus de 10 millions à verser tous les jours une roupie pour fréquenter les toilettes publiques du Dr Pathak.

Le Dr Pathak peut se vanter d'avoir mis sur la table un sujet des plus tabous en Inde, et pourtant tout aussi fondamental que la lancinante question de l'eau: la gestion des excréments humains. Vêtu d'une tunique traditionnelle et d'un pantalon fuseau en coton blanc immaculé, les lunettes cerclées d'or, Bindeshwar Pathak nous reçoit dans son ashram (lieu de méditation) à Delhi, où école, laboratoire, institut de recherche et musée des toilettes sont réunis sous un même toit.

«Souriez s'il vous plaît, vous êtes à Sulabh», peut-on lire en hindi et en anglais sur les murs blancs. Et pourquoi pas? D'autant que les raisons de le faire ne manquent pas pour le Dr Pathak. Après tout, grâce à son génie et à sa ténacité, la technologie sanitaire qu'il a mise au point est aujourd'hui promue par les agences des Nations unies.

A son actif, il compte la construction de plus de 1,2 million de latrines privées et de 6000 complexes de toilettes payantes répartis à l'échelle du pays, dans les bidonvilles, les sites touristiques et les lieux de pèlerinage. Après un accueil des plus chaleureux, une visite guidée des lieux, la contemplation de la réplique du trône-toilettes de Louis XIV et l'appréciation de la sculpture en matière fécale créée par un artiste mexicain, Bindeshwar Pathak raconte ses débuts et comment il a construit l'empire qui emploie 50.000 personnes.

«Toute idée nouvelle est accueillie avec scepticisme», dit-il. Son idée nouvelle à lui, c'était de donner accès à la population à des toilettes publiques payantes. S'il y a trente-six ans, on riait de son plan d'avant-garde, aujourd'hui, l'homme croule sous les honneurs.

Reconnaissance

Les nombreuses photos laminées qui ornent les murs de la bibliothèque de son ashram témoignent de la reconnaissance internationale acquise ces dernières années: le docteur acceptant le National Citizen Award des mains du président indien, entouré des sheiks rafflant le Dubai International Award, recevant la bénédiction de feu Jean Paul II.

«A l'époque, personne ne pouvait croire qu'un jour, les Indiens accepteraient de payer une roupie pour fréquenter les W.-C., poursuit-il. Je leur répondais que si elles sont propres, ils paieront.» L'histoire lui a donné raison puisqu'ils sont désormais plus de 10 millions à verser tous les jours une roupie pour fréquenter ses toilettes publiques.

Des toilettes pas comme les autres: le révolutionnaire a développé une technologie simple, bon marché et écologique. Connue sous le nom de «twin pit technology», elle ne requiert ni égout ni fosse septique. En outre, elle permet le recyclage complet de la matière fécale et sa réutilisation sous forme de biogaz pour générer de l'électricité. De quoi agacer les lobbies d'ingénieurs et les vendeurs de toilettes occidentales. La technologie sanitaire de Bindeshwar Pathak est d'autant plus intéressante qu'elle pourrait permettre d'atteindre l'objectif du millénaire de l'ONU, qui vise à réduire de moitié les 2,6 milliards de «sans-toilettes» du monde pour 2015.

Un objectif irréaliste dans le contexte actuel, selon Bindeshwar Pathak car «les systèmes d'égouts et de fosses septiques prévalant à l'Ouest ne sont pas des solutions adéquates pour les pays en développement. Ils coûtent trop cher et exigent trop d'eau». En revanche, avec le système Sulabh, le défi pourrait être relevé. / AMD-La Liberté

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