Les talibans discutent bel et bien avec l'Otan

La guerre en Afghanistan est entrée hier dans sa 10e année, alors que les forces internationales cherchent une stratégie de sortie. Et les signes de négociations entre des talibans et le gouvernement du président Hamid Karzaï se multiplient.

08 oct. 2010, 11:49

Le 7 octobre 2001, des missiles de croisières Tomahawks et des bombes larguées par des bombardiers B1 et B52 frappaient Kaboul et plusieurs villes d'Afghanistan: l'opération Justice sans limite menée par les Américains et les Britanniques venait de commencer. Et deux mois plus tard, le régime des talibans tombait. Neuf ans après, ce qui ne devait être qu'une chasse aux commanditaires des attentats du 11 septembre a tourné au bourbier et au casse-tête politico-militaire.

Le nombre de soldats des forces internationales a été multiplié par dix, les Afghans ont voté à quatre reprises pour élire leur président et leurs députés, des milliards de dollars d'aide internationale ont afflué dans le pays, mais le constat est clair: depuis trois ans, l'insurrection a gagné du terrain et en intensité.

De plus, les pertes des forces internationales, comme celles des civils, atteignent un niveau record. Du coup, l'idée qu'une négociation avec les insurgés est la seule solution pour mettre fin au conflit n'a jamais été aussi largement partagée. Le patron des forces américaines et internationales en Afghanistan, le général David Petraeus, a indiqué fin septembre que des talibans avaient commencé à «approcher» le gouvernement et les militaires étrangers pour déposer les armes. «Ce sont les toutes premières étapes. Je ne pense pas qu'on puisse parler de négociations, il s'agit des toutes premières discussions», avait déclaré le général américain, qui commande plus de 152 000 militaires étrangers déployés.

«La réconciliation avec les hauts responsables des talibans est du domaine du gouvernement afghan», avait souligné David Petraeus, confirmant que de hauts responsables des insurgés avaient pris contact avec Kaboul. Le quotidien américain «Washington Post» a rapporté mercredi que, pour la première fois, des représentants autorisés du commandement suprême des talibans dirigé par le mollah Mohammad Omar, menaient des pourparlers en secret avec le gouvernement.

Des sources ont indiqué au «Post» que les dirigeants talibans savent «qu'ils vont être marginalisés» et qu'ils ont décidé de participer aux pourparlers pour maintenir leur position au sein de la direction des insurgés. «Ils savent que des éléments plus radicaux sont en train d'être promus au sein du mouvement», a ajouté la source citée par le «Washington Post».

De son côté, le quotidien britannique «Guardian» a rapporté jeudi que les gouvernements afghan et américain avaient eu récemment des contacts avec les insurgés du réseau Haqqani, un des ennemis les plus redoutés par les forces de l'Otan.

Le groupe est proche des talibans et est responsable de quelques-unes des attaques les plus meurtrières. Il entretient des liens étroits avec des groupes islamistes étrangers, dont Al-Qaïda. Parallèlement, le président Karzaï a mis en place un plan de réconciliation avec les talibans, qui consiste notamment à financer un programme visant en priorité les rebelles - «soldats» de base de l'insurrection - qui déposeraient leurs armes en échange d'emplois et d'argent.

Et il a officiellement inauguré hier le Haut conseil de la paix, chargé d'établir des contacts avec les insurgés. «Chaque province, chaque district, chaque village attendent du Haut conseil de la paix des efforts (...) pour rétablir la paix», a déclaré le chef de l'Etat afghan lors de l'inauguration du conseil.

Cette commission - qui comprend près de 70 membres, dont des chefs de guerre, des femmes et des membres du gouvernement - se veut une enceinte de négociations et doit représenter l'ensemble de la société, dans des discussions de paix avec les talibans. /ats-afp