Les retraites au centre d'un nouveau bras de fer

Les lycéens ont annoncé hier une mobilisation massive aux côtés des salariés lors de la grève prévue en France aujourd'hui contre le nouveau régime des retraites. Leur mouvement s'ajoute à celui des étudiants, qui ont appelé à une journée «facs mortes». Le Sénat compte de son côté achever l'examen du texte cette semaine.

12 oct. 2010, 04:15

Des assemblées générales lycéennes ont eu lieu hier pour préparer la journée d'action d'aujourd'hui, qui verra les élèves descendre dans la rue contre le projet de loi débattu au Sénat. En fin de semaine dernière, une centaine de lycées et près de 15 000 élèves se sont mobilisés, selon les syndicats. Seuls 81 établissements sur 4300 étaient concernés, soit 2% du total, d'après le Ministère de l'éducation nationale.

Repoussant les propos du ministre, Luc Chatel, dénonçant des «tentatives de récupération», les organisations lycéennes tablaient hier sur une amplification du mouvement. «La mobilisation demain va être massive. Il y a de nombreuses assemblées générales, preuve du désir des lycéens de mettre la pression sur le gouvernement», a dit le président de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL), Massira Baradji. Le mouvement lycéen vient s'ajouter à l'appel à une journée «facs mortes» lancé pour le 12 octobre par la première organisation étudiante, l'Unef.

Cette levée de boucliers semble inquiéter le gouvernement, qui a évité jusqu'ici toute confrontation avec la jeunesse en retirant par exemple la réforme des lycées Darcos en 2008 ou, plus récemment, en renonçant à supprimer l'aide au logement des étudiants fiscalement rattachés à leurs parents. Ce week-end, le conseiller social de l'Elysée, Raymond Soubie, a jugé «totalement irresponsable que des adultes en situation de responsabilité dans certaines organisations invitent les lycéens à aller dans la rue». «Manifester sur la voie publique c'est dangereux», a rappelé Luc Chatel, alors que deux jeunes filles ont été blessées au visage en marge d'une action lycéenne en Haute-Savoie. Des propos interprétés par les lycéens comme des signes de nervosité de la part de l'exécutif. La mobilisation des jeunes sera décisive pour la suite du mouvement.

L'enjeu est crucial pour Nicolas Sarkozy, président impopulaire qui a fait de la réforme des retraites un des chantiers phares de la fin de son mandat et espère capitaliser sur un succès avant de remanier son gouvernement pour la dernière ligne droite avant la présidentielle de 2012.

Le président français a le soutien du Sénat. Hier soir, la chambre a adopté l'article de la réforme qui repousse de 65 à 67 ans l'âge permettant d'obtenir une retraite à taux plein quel que soit le nombre de trimestres cotisés.

Certains syndicats ont durci leur opposition, en déposant ces derniers jours des préavis reconductibles au-delà d'aujourd'hui dans certains secteurs (transports, énergie, chimie...) ou entreprises (La Poste, France Télécom).

Les liaisons ferroviaires avec la Suisse seront affectées. Hier, la direction de l'aviation civile française pronostiquait aussi l'annulation de 30% à 50% des vols dans les aéroports parisiens de Roissy et Orly. Les aéroports de Genève et Zurich prévoient des perturbations vers la France. Ils soulignent que d'autres destinations pourraient également être concernées. /ats-afp