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Les Belges jouent à se faire peur

15 sept. 2011, 10:59

Plongée depuis 459 jours dans une crise politique sans précédent et plus que jamais dans le collimateur des marchés financiers, la Belgique a joué à se faire peur, hier. A l'issue d'une phase de dramatisation qu'a amplifiée l'annonce du départ du premier ministre, Yves Leterme, à l'OCDE, les francophones et les Flamands étaient près de trouver, dans la nuit, un compromis qualifié d'historique sur un de leurs principaux différends: la scission de l'arrondissement, électoral et judiciaire, de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

En moins de 24 heures, les nouvelles, mauvaises d'abord, qui ont renforcé l'impression d'un Etat allant à vau-l'eau, puis plutôt rassurantes, se sont bousculées au Plat-Pays. Tout a commencé avec l'annonce surprise de la démission du premier président de la Cour de cassation, le plus haut magistrat du royaume, dans la journée de mardi.

Ghislain Londers a évoqué des «raisons personnelles», qui nourrissent toutefois le doute: il a, en effet, été indirectement impliqué dans le Fortisgate, un scandale éclaboussant la justice et le monde politique qui a été examiné hier par la Cour d'appel de Gand. Une juge de la Cour d'appel de Bruxelles, Christine Schurmans, a été reconnue coupable de violation du secret professionnel, mais a bénéficié de la suspension du prononcé.

Zones d'ombre

En 2008, Ghislain Londers avait dénoncé des «pressions politiques» sur la justice afin qu'elle ne s'oppose pas au démantèlement du groupe bancaire Fortis et à la reprise de ses activités en Belgique par BNP Paribas. Ses accusations avaient provoqué la démission du gouvernement belge, dirigé par le chrétien-démocrate flamand Yves Leterme, et marqué le début d'une interminable crise politique.

Yves Leterme dirige depuis les élections législatives anticipées convoquées en juin 2010 un gouvernement en affaires courantes, en raison de l'incapacité des Flamands et de francophones à s'entendre sur une profonde réforme de l'Etat et, partant, à former une nouvelle majorité.

On constatera que le Flamand a passé plus de temps à liquider les affaires courantes qu'à la tête d'un gouvernement de plein exercice, lorsqu'il quittera la scène politique belge. Ce sera pour bientôt, sans doute. Hier soir, il a en effet confirmé qu'il était appelé à rejoindre l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à Paris, en qualité de secrétaire général adjoint - les Etats membres de l'OCDE le confirmeront demain.

Plusieurs zones d'ombre entourent encore ce départ. Il était agendé en décembre avant qu'Yves Leterme précise, dans un communiqué, qu'il s'en ira «en tenant compte de ses responsabilités actuelles en tant que premier ministre».

Ces responsabilités paraissaient d'autant plus grandes, hier, que les tensions étaient redevenues extrêmement vives entre les deux communautés linguistiques du pays.

Tout ou rien…

Le socialiste wallon Elio Di Rupo, que le roi Albert II a chargé de former un nouveau gouvernement, avait annoncé dans la nuit un «profond blocage» des négociations institutionnelles qu'il dirige depuis plusieurs mois. Elles se concentrent pour le moment sur la scission de l'arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV), qui priverait des dizaines de milliers de francophones habitant dans la périphérie flamande de la capitale belge de certains droits - se défendre en justice dans la langue de Voltaire et voter en faveur de candidats bruxellois francophones.

Elio Di Rupo avait appelé à un «ultime sursaut de responsabilités» des huit partis qui participent aux négociations, dont il a d'ailleurs réuni hier après-midi les présidents pour une «ultime tentative» de compromis. «Il en va de l'avenir du pays», avait-il insisté.

L'annonce d'Elio Di Rupo, couplée à celle d'Yves Leterme, avait été jugée à ce point préoccupante que le roi Albert II est rentré hier dare-dare en avion militaire de Provence, où il était parti se reposer quelques jours. L'appel d'Elio Di Rupo n'a pas été vain, semble-t-il. Dans la soirée d'hier, les huit partis paraissaient en tout cas près de trouver un compromis sur la scission de BHV.

Ce dossier ne représente cependant qu'une des nombreuses revendications de la Flandre - elle réclame également d'importants transferts de compétences de l'Etat fédéral vers les régions, une autonomie fiscale accrue, etc. Or, relève-t-on, «il n'y aura d'accord sur rien en vue de former un gouvernement aussi longtemps qu'il n'y aura pas d'accord sur tout».

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