Le report du procès attise une nouvelle fois la polémique

Le procès d'un photographe mondain, accusé d'avoir manipulé l'héritière des cosmétiques L'Oréal Liliane Bettencourt pour obtenir des dons faramineux, a été reporté hier. Le tribunal de Nanterre, près de Paris, qui exige un complément d'information n'a pas annoncé de nouvelle date.
02 août 2015, 19:23

La présidente de la 15e chambre correctionnelle, Isabelle Prévost-Desprez, a «ordonné un supplément d'information». Il s'agira d'une enquête sur des enregistrements pirates divulgués par la presse. Isabelle Prévost-Desprez s'est désignée elle-même pour l'exécuter.

C'est donc à elle, magistrate indépendante qu'il reviendra d'examiner ces écoutes réalisées au domicile de Liliane Bettencourt par son majordome. Elles laissent entendre que la femme la plus riche de France a des trous de mémoire ou n'avait pas la maîtrise totale de la gestion de sa fortune.

Le procureur de Nanterre a de son côté aussitôt fait appel de ce complément d'enquête. La décision sera donc réexaminée dans un délai d'un mois par la cour d'appel de Versailles. Le parquet dénonce le fait que «le contenu du complément d'enquête n'ait pas été précisé, ce qui aurait évidemment dû être le cas», a dit une porte-parole.

Parallèlement, le parquet de Nanterre a ouvert récemment une enquête préliminaire sur ces enregistrements et décidera, le cas échéant, de leur versement ou pas au dossier transmis au tribunal devant juger François-Marie Banier. Le tribunal n'a donné aucune nouvelle date pour le procès. Il fixera une nouvelle date au moment où il estimera que son supplément d'information est suffisant.

Photographe de stars, François-Marie Banier, 63 ans, est poursuivi pour «abus de faiblesse» par la fille de Liliane Bettencourt, Françoise Bettencourt-Meyers. Celle-ci l'accuse d'avoir profité de la fragilité de sa mère, âgée de 87 ans, pour se faire remettre près d'un milliard d'euros. L'artiste, qui risque trois ans de prison et 375 000 euros (497 000 francs) d'amende, récuse ces accusations, assurant que les dons lui ont été librement consentis par sa riche amie.

Tout comme la milliardaire, actionnaire principale de L'Oréal (environ 30% des actions), qui entend gérer comme bon lui semble sa fortune (évaluée à 17 milliards d'euros en 2010) et a toujours revendiqué avoir toute sa tête. Ce conflit familial a connu ces dernières semaines des rebondissements en cascade avec la découverte d'écoutes pirates de conversations de Liliane Bettencourt avec ses conseillers. Ils ont donné à cette affaire un tour d'abord vaudevillesque avant de virer au scandale politique impliquant le ministre français du Travail Eric Woerth et fragilisant le gouvernement du président Nicolas Sarkozy.

Les bandes laissent en effet entendre qu'Eric Woerth, ex-ministre du Budget (2007 à mars 2010), était au courant de possibles fraudes dans la mesure notamment où une partie de la fortune de la milliardaire était gérée depuis 2007 par son épouse. Eric Woerth ne cesse de défendre sa probité. Dans tout ce contexte et en l'absence de la mère et de la fille Bettencourt à l'audience, l'avocat du photographe, Me Hervé Temime, avait lui-même demandé au tribunal correctionnel de Nanterre de «renvoyer purement et simplement» le procès.

«Je considère aujourd'hui qu'il est nauséabond et qu'il est impossible», a-t-il dit. «Plus jamais ce procès ne pourra redevenir équitable», a abondé l'avocat de Liliane Bettencourt, Me Georges Kiejman. Il stigmatise une affaire devenue «un chaos médiatique, politique et judiciaire». /ats-afp