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Le raïs plaide non coupable

04 août 2011, 07:43

Contre toute attente, Hosni Moubarak, transporté en hélicoptère de Charm-el-Cheikh, a assisté hier à l'ouverture de son procès. L'image était forte, presque dérangeante: Hosni Moubarak allongé sur un lit d'hôpital, le visage amaigri, les yeux hagards, et entouré de ses deux fils, Alaa et Gamal, vêtus de la tenue blanche des prisonniers. Tous derrière les barreaux de la cage qui sert de box des accusés en Égypte.

«Je n'aurais jamais pensé voir ça de mon vivant», s'exclame Omar, un étudiant en informatique qui a participé à la révolution à partir du 28 janvier. Pour sa génération, le procès Moubarak restera probablement un souvenir marquant, une étape dans un parcours politique.

Pour l'instant, beaucoup ont encore du mal à réaliser que l'homme qui a régné sur le plus grand pays arabe pendant vingt-neuf ans est bien ce vieillard alité qui rejette en bloc, d'un souffle, tout ce qui lui est reproché. «Je démens toutes ces accusations, complètement». Accusé de corruption et de complicité dans les meurtres de manifestants commis pendant le soulèvement qui l'a contraint à démissionner le 11 février, il risque la peine capitale. Devant l'Académie de police, appelée Académie Moubarak avant la révolution-, le procès de l'ancien raïs suscite des tensions: quelques centaines de pro et d'anti-Moubarak, se jaugent depuis l'aube sous le regard des soldats et de gros bataillons de policiers et forces anti-émeute. Dans la salle d'audience, l'ambiance est plus sereine. Le juge Ahmed Refaat, réputé pour sa droiture, énonce les chefs d'inculpation de chaque prévenu. Cette première séance est ensuite consacrée aux questions de procédure. L'un des avocats de Moubarak demande que son client soit jugé séparément des dix autres accusés. Il n'est pas officiellement exaucé, mais les deux cas sont séparés de fait: le procès du ministre de l'Intérieur, Habib el- Adly, continuera aujourd'hui, tandis que le procès de Moubarak et de ses fils est repoussé au 15 août. L'équipe de défense de Moubarak réclame aussi que le maréchal Tantawi, à la tête du Conseil suprême des forces armées qui dirige le pays depuis le départ d'Hosni Moubarak le 11 février, puisse être cité comme témoin.

Une demande qui pourrait suggérer que Tantawi a pris part, en tant que ministre de la Défense, aux décisions prises pendant la révolution, et qu'il aurait donc sa part de responsabilité.

«Que Dieu lui brûle le cœur»

Certaines familles des «martyrs» de la révolution se plaignent de ne pas avoir pu accéder à la salle d'audience. «Sur les dix avocats qui avaient reçu un permis officiel de participer à l'ouverture du procès pour la partie civile, seuls cinq ont pu effectivement rentrer dans le tribunal», souligne Khaled Abdel Bari, l'un des avocats.

Le bras en écharpe, la tête entourée d'un bandage, Mohammed Morsi pleure encore son fils, tué pendant la révolte qui a renversé Hosni Moubarak. «Que Dieu lui brûle le cœur», souffle-t-il, en regardant vers le box des accusés.

Les jeunes activistes égyptiens ont aussi été nombreux à critiquer cette première audience de Moubarak. Beaucoup regrettent notamment que la liste des chefs d'inculpation ne soit pas plus longue, qu'elle ne concerne que la période du soulèvement et pas les 30 années d'oppression exercée par le régime Moubarak sur les Égyptiens.

Le pouvoir marque des points

«Alors que nous avons perdu le soutien de population ces dernières semaines avec le sit-in, nous avons une chance de le regagner si Moubarak n'est pas présent à son procès», estimait il y a trois jours Basem Fathy, un activiste proche du mouvement des Jeunes du 6 Avril.

En présentant Moubarak devant ses juges, le pouvoir militaire semble donc avoir marqué un point vis-à-vis des mouvements de jeunes issus de la révolution: il leur a retiré un outil de mobilisation colossal. Dans une Égypte où les tensions n'ont fait que croître ces dernières semaines, entre militaires et jeunes militants, ou entre libéraux et islamistes, l'armée a peut-être trouvé le moyen de calmer le jeu.

D'autant que le procès Moubarak semble captiver les Égyptiens, et pourrait bien voler la vedettes aux traditionnels feuilletons du Ramadan.

Après une audience de quatre heures, le juge a fixé au 15 août la prochaine comparution du raïs. Jusque là, Hosni Moubarak qui était hospitalisé depuis avril à Charm-el-Cheikh sous surveillance policière, restera au Caire, au Centre médical international, un hôpital militaire à la périphérie de la ville, comme l'a ordonné le magistrat présidant l'audience.

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