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Le projet de Sarkozy provoque une polémique

17 févr. 2008, 12:00

La proposition de Nicolas Sarkozy sur l'enseignement de l'histoire de la Shoah à l'école suscite une vive controverse. Le président français veut que chaque élève de CM2 parraine un enfant français victime du génocide des juifs en 1939-45. Selon ce projet, dévoilé mercredi devant les responsables de la communauté juive, chaque élève de CM2 devra connaître dès la rentrée 2008 «le nom et l'existence d'un enfant mort pendant la Shoah».

Psychologues et psychiatres, ainsi que plusieurs syndicats d'enseignants, ont aussitôt fait entendre leur voix. Ils ont souligné le risque de développer chez les enfants «un sentiment de culpabilité pour le destin d'un élève duquel il n'est aucunement responsable». «Sur le plan psychique c'est une aberration», a expliqué Marie-Odile Rucine, psychologue en pédiatrie aux Hôpitaux de Paris, selon laquelle le seul travail sur la Shoah à cet âge doit être «un travail éducatif de manière collective».

L'initiative de Nicolas Sarkozy a été saluée par des membres de la majorité, par quelques voix à gauche et par le président de l'Association des fils et filles des déportés juifs de France, l'ancien chasseur de nazis Serge Klarsfeld. Mais elle a aussi suscité de très nombreuses protestations.

L'ex-ministre Simone Veil, ancienne déportée et l'une des personnalités juives les plus respectées de France, a jugé hier «inimaginable, insoutenable et injuste» le projet du président. «On ne peut pas infliger ça à des petits de dix ans, on ne peut pas demander à un enfant de s'identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter», a déclaré Simone Veil, présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. L'ex-premier ministre Dominique de Villepin a estimé qu'on ne peut pas «imposer la mémoire». Le dirigeant centriste François Bayrou a dénoncé un «mélange des genres entre émotion et Histoire». Il a également estimé que se posait «une question de démocratie», concernant le pouvoir de décision, «de sa propre volonté», du président en la matière.

Les historiens ne sont pas en reste. «Je pense qu'il y a quelque chose de réellement monstrueux de vouloir faire porter par un enfant de neuf, dix, ou onze ans la mémoire d'un enfant mort à une autre période», s'est indignée l'historienne Annette Wievorka, spécialiste reconnue de l'histoire de la Shoah et petite-fille de déportés. «Je ne vois pas l'intérêt éducatif d'une telle mesure. Je pense que nous élevons nos enfants pour en faire des hommes et des femmes qui ont le goût de la vie et pas pour les plomber dans la mort», a-t-elle ajouté.

L'historien Henri Rousso a dénoncé dans «Libération» le «marketing mémoriel» de Nicolas Sarkozy, qui après avoir exigé la lecture au début de l'année scolaire à tous les lycéens de la lettre d'adieu d'un jeune résistant français fusillé par les nazis, veut encore, selon lui, forcer l'école à «un devoir de mémoire de plus en plus déconnecté de l'histoire». / ats-afp-reuters

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