Votre publicité ici avec IMPACT_medias

Le programme nucléaire libyen jouissait du coup de pouce helvétique

Fin 2003, des inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) trouvent une machine-outil suisse dans un laboratoire nucléaire secret libyen. Elle pourrait coûter cher à un intermédiaire britannique du réseau de trafiquants nucléaires pakistanais. Décembre 2003. Mohammed ElBaradei, directeur de l'AIEA, et une délégation onusienne sont en Libye. Muammar Kadhafi vient de concéder l'abandon de son programme nucléaire militaire. A Janzoura, ils inspectent ce qu'ils nommeront le site E, mais qui est aussi connu sous le nom de «Project Machine Shop 1001». C'est un atelier destiné à fabriquer des pièces pour centrifugeuses visant à enrichir de l'uranium indispensable à la fabrication de l'arme nucléaire.

09 mai 2008, 12:00

Plusieurs caisses encore fermées suscitent leur curiosité. Ouvertes, elles révèlent des machines-outils prêtes à l'installation. Parmi celles-ci un centre d'usinage SIP 5000, une machine fabriquée par la Société des instruments de précision de Genève. Cette machine est soumise au régime international de contrôle régissant les biens dits à double usage, dont la Suisse fait partie. Traduction: elle ne devrait pas se trouver là!

Alors comment a-t-elle abouti dans les laboratoires secrets de Kadhafi? Elle a été achetée à la SIP, au début des années 2000, par une société basque spécialisée dans les machines-outils. La date exacte n'a pas pu être établie. «La SIP a fait faillite à deux reprises et ses archives ont été saisies», explique Jean-Daniel Isoz, son directeur actuel. Elle est désormais propriété de la société d'outillage StarragHeckert.

L'exportation de la SIP 5000 en direction de l'Espagne ne pose en principe pas de problème, ce pays étant soumis au même régime d'exportation des biens à double usage que la Suisse. C'est ensuite que les choses se gâtent.

Une entreprise basée à Dubaï et dirigée par un citoyen britannique rachète la SIP 5000 à la société basque. Une demande de réexportation avec un certificat d'utilisateur final est adressée le 30 août 2001 au Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco).

Le Seco est toutefois méfiant. Les Emirats arabes unis ont la réputation de servir de plaque tournante à tous les trafics moyen-orientaux. Le Seco exige donc un rapport d'installation final. La SIP a de son côté assuré que la mise en service ne serait pas possible sans son assistance. Mais ce rapport n'est jamais venu et la SIP a fait faillite. Jusqu'à ce que l'AIEA remette le grappin sur la SIP 5000 à Janzoura.

Diverses enquêtes permettent de faire le lien avec les trafics nucléaires d'Abdul Quadeer Khan, le père de la bombe atomique pakistanaise. Avec l'accord tacite de son gouvernement, celui-ci finance le programme nucléaire militaire pakistanais en revendant le savoir faire qu'il a acquis. Notamment aux Libyens.

La société du Britannique à Dubaï joue un rôle central dans l'équipement du «Machine Shop 1001». Outre la SIP 5000, cet homme a acquis plusieurs autres machines de haute précision par le biais de l'entreprise. Selon un rapport publié par la police malaisienne, il était aussi mêlé à l'organisation de l'atelier qui a permis à l'ingénieur suisse, actuellement détenu en Suisse, de fabriquer en Malaisie des pièces de centrifugeuses destinées à la Libye.

Personne ne sait où se trouve la SIP 5000 aujourd'hui. Les connaisseurs estiment qu'elle a été confisquée par l'AIEA et les Américains début 2004 et déposée au complexe de sécurité nationale Y-12 à Oak Ridge, dans le Tennessee, avec tout le reste du matériel nucléaire libyen séquestré. Mais aucune source officielle n'a voulu confirmer cette information. / ERE

Votre publicité ici avec IMPACT_medias