Le parti au pouvoir tremble sur ses bases

01 avr. 2008, 12:00

La Cour constitutionnelle de Turquie a accepté hier d'examiner une plainte visant à obtenir l'interdiction du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir pour activités antilaïques. Cette procédure pourrait menacer la stabilité politique et les aspirations européennes du pays.

La plus haute instance judiciaire du pays a jugé recevable le recours déposé le 14 mars par le procureur en chef de la Cour de cassation, Abdurrahman Yalçinkaya. Ce dernier estime que l'AKP, qui gouverne depuis 2002, menace les fondements laïques de la Turquie.

Le vice-président de la Cour constitutionnelle, Osman Paksüt, a déclaré que la décision avait été prise à l'unanimité des 11 juges. Il a par ailleurs précisé que sept des onze juges s'étaient prononcés pour l'examen de la demande d'interdiction visant le président Abdullah Gül.

Cette décision lance formellement le procès à l'encontre de l'AKP, créé en 2001 sur les cendres de partis islamistes dissous pour les mêmes motifs. Dans son réquisitoire, le procureur a réclamé cinq années d'interdiction de toute activité politique à l'encontre de 71 responsables de l'AKP, dont Abdullah Gül et le premier ministre Erdogan.

Le parti réfute ces accusations et affirme que la plainte répond à des motivations politiques. L'AKP, qui a été confortablement réélu lors des dernières législatives en juillet 2007, affirme avoir rompu avec l'islam politique et se définit comme un parti «démocrate conservateur». La Cour va maintenant se pencher sur le fond du dossier. L'AKP dispose d'un délai d'un mois, extensible, pour présenter sa défense. Un verdict devrait prendre plusieurs mois. / ats-afp