Le Pakistan veut revoir sa lutte antiterroriste

Le nouveau premier ministre du Pakistan, Yousouf Raza Gilani, issu du parti de Benazir Bhutto, a prêté serment hier devant le président Pervez Musharraf. Yousouf Raza Gilani a déjà engagé un bras de fer sans concession avec ce dernier. «Par leur vote, les Pakistanais ont clairement désigné le type de gouvernement et de politique qu'ils veulent voir appliqués», a déclaré Yousouf Gilani après la cérémonie. Gilani a été élu lundi premier ministre par l'Assemblée nationale, à une écrasante majorité, obtenant 264 des 342 voix des députés et l'emportant facilement sur son unique concurrent, Chaudhry Pervaiz Elahi, partisan du président Musharraf, qui n'a eu que 42 voix.

26 mars 2008, 12:00

A peine élu, Gilani a engagé un bras de fer avec le chef de l'Etat en ordonnant la libération de tous les juges, notamment de la Cour suprême. Ceux-ci sont placés en résidence surveillée depuis l'imposition de l'état d'urgence par Pervez Musharraf en novembre 2007.

Ces magistrats étaient à l'époque sur le point de se prononcer sur la validité de sa récente réélection au suffrage indirect. La future coalition de gouvernement a promis de les restaurer dans leurs fonctions dans les 30 jours, ouvrant la voie à une contestation judiciaire de la réélection du président. Yousouf Gilani appartient au Parti du peuple pakistanais (PPP) de l'ancienne premier ministre et chef de l'opposition Benazir Bhutto, assassinée le 27 décembre 2007. Le PPP, associé à la Ligue musulmane du Pakistan-Nawaz (PML-N) de l'ancien premier ministre Nawaz Sharif, renversé en 1999 par le général Musharraf, a remporté les élections législatives du 18 février. Au cours de celles-ci, les soutiens politiques du chef de l'Etat ont été laminés. Alors que le pouvoir est en train de changer de main au Pakistan, deux importants diplomates, dont le numéro deux du département d'Etat John Negroponte, se trouvaient hier à Islamabad pour rencontrer le président Musharraf, Nawaz Sharif et le premier ministre.

Les Etats-Unis suivent attentivement les évènements au Pakistan, dont le président Musharraf est un allié clé de Washington dans la lutte contre le terrorisme.

Le président George Bush a d'ailleurs appelé Yousouf Gilani pour le féliciter et lui rappeler l'importance de la lutte contre le terrorisme et sa volonté de coopérer avec lui, a indiqué la Maison-Blanche.

Les chefs du PPP et du PML-N ont récemment estimé qu'il fallait revoir la stratégie de lutte contre le terrorisme, ce qui inquiète Washington. Certains membres de la nouvelle coalition au pouvoir au Pakistan ont souligné la nécessité d'ouvrir des discussions avec les militants islamistes, ce que Musharraf a toujours refusé.

Nawaz Sharif a souligné avoir abordé la question avec les deux représentants américains. «Chaque décision qui a été prise par Musharraf sera étudiée et révisée par le (nouveau) parlement en fonction de ses résultats positifs ou négatifs pour le pays», a-t-il annoncé. /ats-afp-reuters