Le mouvement de protestation pourrait se prolonger jusqu'à samedi

La contestation de la réforme des retraites s'est durcie hier en France avec des niveaux de manifestation record et l'entrée des lycéens dans un mouvement qui pourrait se prolonger par des grèves reconductibles. Le Parti socialiste (PS) demande le retrait du projet mais le gouvernement exclut toute nouvelle concession.

13 oct. 2010, 08:26

Le premier ministre François Fillon a affirmé à nouveau hier devant l'Assemblée nationale que le gouvernement était «décidé à mener à son terme» la réforme des retraites en dépit d'un mouvement qui s'amplifie et des mises en garde du PS contre des «risques d'affrontement».

«J'en appelle au président de la République, garant de l'unité de notre pays et de la cohésion sociale. Je lui demande de retirer son projet, de recevoir les syndicats et les partis de gauche, afin d'engager enfin les négociations et la réforme qu'attendent les Français», a déclaré la première secrétaire du PS, Martine Aubry.

C'est «la plus forte journée qu'on ait faite depuis le début» de la protestation contre le report de l'âge minimal de la retraite de 60 à 62 ans, a dit le secrétaire général du syndicat CGT, Bernard Thibault.

Près de 3,5 millions de personnes ont manifesté, selon la CFDT, et 1,23 million, selon le ministère de l'Intérieur. A Paris, la manifestation a réuni environ 330 000 personnes selon les syndicats et 89 000 selon la police, un chiffre en hausse par rapport aux deux précédentes journées de mobilisation. Des milliers de lycéens et étudiants faisaient partie du cortège, alors que l'engagement des jeunes, appelés par les syndicats à se mobiliser massivement, constituait un des enjeux de la journée d'hier. François Fillon a d'ailleurs accusé l'opposition de gauche d'être «irresponsable» en mettant «des jeunes de 15 ans dans la rue».

Onze des douze raffineries françaises étaient en grève, sans entraîner pour le moment de problèmes d'approvisionnement en carburant. Cette journée pourrait marquer un tournant dans le bras de fer entre le pouvoir et les syndicats car la poursuite des grèves et des manifestations est à l'ordre du jour.

Les grévistes des transports parisiens ont déjà voté la reconduction pour aujourd'hui. Dans des villes de province, les syndicats ont appelé à de nouveaux défilés demain. Ces grèves reconductibles pourraient durer jusqu'à la nouvelle journée de manifestations prévue samedi, sachant que deux tiers des Français sont favorables à un durcissement des actions selon un sondage. Le premier ministre français a répété hier que le gouvernement était «au bout de ce qui est possible» en terme de concessions. S'il a consenti des aménagements en faveur de certaines mères de famille, pour les carrières longues ou des emplois pénibles, le gouvernement reste inflexible sur le fond de la réforme, dont le président Nicolas Sarkozy a fait un chantier phare de la fin de son mandat.

Le Sénat a lui voté lundi soir l'une des mesures-phares de la réforme, le report de l'âge de la retraite à taux plein de 65 à 67 ans. Il prévoit d'achever à la fin de la semaine l'examen du texte, qui devrait être adopté définitivement par le Parlement d'ici à la fin du mois. /ats-afp