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Le maillon «fort» de Ben Laden

Grâce à ses origines pakistanaises, Abou Ahmed al-Kuwaiti a permis au leader d'al-Qaïda, Oussama ben Laden, d'échapper à 10 ans de traque américaine, avant d'être tué, lui aussi.

06 mai 2011, 15:47

Ce fut le coup de téléphone de trop. Celui qui allait conduire la CIA jusqu'à Oussama ben Laden. En juillet dernier, quelque part au Pakistan, le téléphone satellitaire d'Abou Ahmed al-Kuwaiti sonne. Au bout du fil, un cadre de la branche irakienne d'al-Qaïda. Al-Kuwaiti décroche, ignorant qu'à Bagdad son interlocuteur a été placé sur écoute par les grandes oreilles américaines.

Cela fait plus de deux ans que les limiers de la CIA au Pakistan le «tracent». Ils avaient appris son nom en 2006, mais ignoraient son rôle exact auprès du chef d'al-Qaïda. «C'était l'agent de liaison de Ben Laden avec l'extérieur», résume depuis Londres Noman Ben Osman, ancien leader du Groupe islamiste de combat libyen, qui côtoya la mouvance terroriste au Soudan puis en Afghanistan.

Très peu d'informations ont filtré sur le parcours de ce vétéran du djihad, qui rejoint la caravane de la «guerre sainte» en Afghanistan à la fin des années 1990. Ses connaissances en informatique le conduisent jusqu'à la cellule média qu'al-Qaïda vient de créer, sous la houlette du Saoudien Hamza al-Ghamdi. Abou Ahmed intègre al-Sahab, la boîte de production qu'al-Qaïda utilise pour filmer, à des fins de propagande, les entraînements de djihadistes ou les «testaments» des terroristes du 11 Septembre.

Comme souvent dans la petite communauté djihadiste, les origines nationales vont mettre Abou Ahmed en relation avec un autre Koweïtien: Khaled Cheikh Mohammed (KCM), le cerveau des attentats du 11 Septembre aux Etats-Unis. Au printemps 2001, KCM lui confie la mission de donner quelques cours d'utilisation d'internet à Mohammed al-Qahtani, qui devait être le vingtième pirate de l'air, quelques mois plus tard. En juillet, Abou Ahmed conduit son «élève» dans un café internet de Karachi, au Pakistan.

Une Suzuki blanche

Dans la débandade qui suit les attaques aux Etats-Unis, le Koweïtien retrouve son ami al-Ghamdi, flanqué d'un autre moudjahidin, le Marocain Abdelrahmane al-Maghrebi. Le trio formera la petite équipe qui restera autour de Ben Laden, après que les Américains perdent sa trace dans les montagnes de Tora Bora, en décembre 2001. Les fuyards - Ben Laden en tête - vont alors apprécier les «qualités» d'Abou Ahmed. Blessé dans un bombardement américain de représailles, le Koweïtien tient à rester avec ses compagnons.

«Mais ce sont surtout ses origines pakistanaises qui vont lui permettre de rendre de grands services à Ben Laden et à d'autres dirigeants d'al-Qaïda en déroute», ajoute Noman Ben Osman. Avec son frère, qui a également été tué dans l'assaut contre le refuge de Ben Laden, Abou Ahmed aide Ben Laden dans ses déplacements en Afghanistan d'abord, puis au Pakistan. «Il transmettait les messages que Ben Laden adressait aux autres dirigeants d'al-Qaïda qui se cachaient entre l'Afghanistan et le Pakistan, et c'est lui qui s'occupait de la maison d'Abbottabad», poursuit l'ancien djihadiste libyen, aujourd'hui consultant à la Fondation Quilliam à Londres. Abou Ahmed se lie avec Abou Faraj al-Libi, autre dirigeant, libyen comme lui, d'al-Qaïda, et avec l'Irakien Abdel Hadi.

Mais au fil des mois, les arrestations de lieutenants de Ben Laden se multiplient. Dont celles de ses anciens amis. Sous la torture, certains lâchent des renseignements, encore fragmentaires, mais loin d'être dénués d'intérêt à terme. A ses interrogateurs, qui lui avaient plongé 183 fois la tête sous l'eau, KCM finit par évoquer, par exemple, «un messager en qui Ben Laden avait toute confiance».

En 2004, un autre djihadiste arrêté par les Américains en Irak enrichit le tableau: Hassan Ghul affirme qu'un certain «Abou Ahmed al-Kuwaiti» était en contact régulier avec Ben Laden, et confirme que l'homme connaissait bien Abou Faraj al-Libi, Abdel Hadi l'Irakien et KCM. Arrêté l'année suivante, al-Libi dément connaître Abou Ahmed, et cherche à brouiller les pistes en livrant un autre nom pour le messager du chef d'al-Qaïda.

Mais la CIA n'est pas convaincue. Au contraire, la Centrale commence à prendre très au sérieux la piste du coursier de Ben Laden. Des agents sont envoyés en renfort au Pakistan. Quelques mois plus tard, en 2006, des interceptions téléphoniques entre Abou Ahmed et sa famille permettent de découvrir l'identité exacte du coursier de Ben Laden. Mais il faudra encore quatre longues années pour qu'en juillet dernier des agents pakistanais au service de la CIA le repèrent au volant d'une Suzuki blanche près de Peshawar. Après quelques semaines de surveillance, la voiture les conduira finalement jusqu'à la planque de Ben Laden.

 

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