Le groupe Volkswagen va bientôt rouler en Porsche

Après des années de bagarre industrielle et familiale, le numéro un européen de l'automobile, l'Allemand Volkswagen, apparaissait hier proche de s'emparer de son compatriote constructeur de bolides de luxe, Porsche.
02 août 2015, 18:45

Cette intégration programmée, avec le soutien de l'émirat du Qatar, a provoqué le départ du patron de Porsche, le charismatique Wendelin Wiedeking, qui passait pour le patron le plus grassement payé d'Allemagne. Le conseil de surveillance de Porsche a fini par se mettre d'accord au terme d'une réunion marathon, entamée mercredi et achevée hier au petit matin. Sa filiale Volkswagen (VW), dont il détient 51%, a suivi quelques heures après.

«Nous avons aujourd'hui ouvert la voie (...) à la création d'un groupe intégré», a commenté Martin Winterkorn, le patron de VW à l'issue de la rencontre organisée à Stuttgart. Il était donné favori pour diriger ce qui pourrait être le deuxième constructeur automobile mondial derrière le japonais Toyota, compte tenu de l'effondrement de l'américain General Motors, d'une ampleur encore inconnue.

Le projet des deux entreprises prévoit à la fois d'intégrer complètement Porsche au sein de VW, et de renforcer sa structure financière pour lui garantir un minimum d'indépendance. En pratique, VW va racheter progressivement les activités automobiles de Porsche, qui deviendra la 10e marque du groupe, aux côtés de Audi, Seat, Skoda, Scania ou encore Lamborghini. Les structures juridiques Porsche SE et VW AG vont aussi fusionner.

Dans ce cadre, le Qatar va prendre une participation d'environ 17% dans VW, a affirmé Martin Winterkorn. L'émirat du Golfe doit aussi monter au capital de Porsche, dont le conseil de surveillance a donné son feu vert à une augmentation de capital d'au moins 5 milliards d'euros (7,6 milliards de francs).

Ces dernières mesures doivent permettre à Porsche de ne pas être totalement avalé par sa filiale. Il peut désormais «négocier d'égal à égal avec Volkswagen» pour fusionner, a assuré, les larmes aux yeux, le président du conseil de surveillance Wolfgang Porsche devant 5000 salariés.

Malgré tout, le nouveau projet consacre l'échec de la stratégie de la direction de Porsche.

A l'origine, le groupe de Stuttgart voulait prendre le contrôle total de VW en acquérant 75% du capital. Mais en mai, il a finalement renoncé, sur fond de crise financière et de chute des ventes automobiles. Son patron Wendelin Wiedeking et son directeur financier Holger Härter, artisans de cette stratégie, ont démissionné en échange d'indemnités de départ de respectivement 75 et 25 millions de francs. Pour la presse allemande, Wiedeking va en réalité toucher une somme beaucoup plus élevée, de l'ordre de 375 millions de francs.

Wendelin Wiedeking, qui aurait touché environ 120 millions de francs l'an passé, a aussitôt précisé qu'il allait en dédier plus de la moitié à des œuvres sociales. Notamment un peu plus de 2 millions pour des «journalistes dans le besoin». Sa position était devenue intenable, en raison de la guerre de clans qui faisait rage depuis des mois entre Porsche et VW et au sein de la famille Porsche-Piëch, milliardaires propriétaires à 100% de Porsche SE. Wendelin Wiedeking était notamment dans la ligne de mire de Ferdinand Piëch, petit-fils de Ferdinand Porsche, inventeur pour le régime nazi de la célèbre «Coccinelle», et président du conseil de surveillance de VW. En cas de succès, celui qui est surnommé le «patriarche» dans la presse pourra réaliser pleinement son rêve: créer un groupe automobile des poids lourds aux berlines luxueuses, capable de devenir numéro un mondial devant Toyota. Un objectif qu'il a réaffirmé hier avec force. /ats