Le courage des chrétiens salué

11 mai 2009, 11:32

Le pape Benoît XVI a salué hier le «courage singulier» des chrétiens de Terre sainte dans une région de conflits. Il a célébré une grand-messe au stade d'Amman, au troisième jour de son pèlerinage sur les lieux sacrés de la foi chrétienne en Jordanie.

Des milliers de personnes - 30 000 selon le Vatican - ont chaleureusement accueilli le pape lorsqu'il est apparu à bord de sa papamobile. «Benvenuto, Benedetto, in Jordania», (bienvenue, Benoît, en Jordanie) scandait la foule pendant que Benoît XVI gagnait le vaste podium jaune et blanc, couleurs du Vatican.

«Al Salam Lakoum», la Paix soit sur vous, a dit le pape en arabe, provoquant des cris enthousiastes et des applaudissements. Il a ensuite consacré une part importante de son homélie aux chrétiens du Proche et Moyen-Orient, très minoritaires, et dont beaucoup ont fui les conflits politiques et religieux. Benoît XVI a affirmé qu'il attendait depuis longtemps ce voyage et l'occasion d'«encourager» les catholiques «à persévérer dans la foi», alors qu'ils sont profondément touchés «par les difficultés et les incertitudes qui affectent tous les peuples du Proche et Moyen-Orient». Il les a assurés de «la solidarité affectueuse» de l'Eglise et il s'est félicité de «la riche diversité de l'Eglise catholique en Terre sainte», où il existe six rites différents.

Le pape a aussi rendu un hommage appuyé aux femmes de ces régions. «Qui peut dire ce que l'Eglise ici présente doit au patient, aimant et fidèle témoignage d'innombrables mères chrétiennes, religieuses, enseignantes, médecins ou infirmières!», a- t-il lancé. Il a regretté que ce rôle des femmes n'ait pas toujours été suffisamment compris et estimé. En fin d'après-midi hier, Benoît XVI s'est rendu sur le site du baptême du Christ, dans la vallée du Jourdain. Aujourd'hui, Benoît XVI entamera la phase la plus délicate de son voyage d'une semaine au Proche-Orient, avec une visite en Israël et dans les territoires palestiniens. /ats-afp

Un pape allemand dans le marécage

HUMEUR - PAR JEAN-LUC WENGER

Mai 2009, Benoît XVI à Béthanie. Octobre 2008, nous, anonymes, en visite au même endroit. Béthanie, même le «guide-historien» n'a pas l'air très sûr de lui. Est-ce bien là que le cousin Jean Baptiste a baptisé Jésus, ce juif de Palestine? Ou plutôt sur l'autre rive, israélienne? Depuis la visite de Jean Paul II, en l'an 2000, c'est comme si le bord du fleuve avait pris de la valeur. Une valeur touristique - l'an dernier, le prix de la visite équivalait à une nuit dans une modeste pension jordanienne - et une ferveur qui laisse pensif. Le guide est obligatoire: bien sûr, nous sommes dans une zone militarisée.

Sur l'autre rive, on installe des gradins: après tout, si le touriste se déplace au bord du Jourdain en Jordanie, pas de raison qu'il ne fasse pas de même en Israël. Et justement, à une vingtaine de mètres, des soldats israéliens, mitraillettes à l'épaule, observent les soldats jordaniens, mitraillettes à l'épaule. Pendant qu'une multitude de jeunes orthodoxes revêtus de grandes chasubles blanches plongent, tour à tour, dans les eaux boueuses du Jourdain. Un véritable marais, un cloaque. Mais l'eau stagnante semble ravir les pèlerins en transe.

Nous restons interloqués devant ce spectacle. Le «guide obligatoire» se réjouit et en appelle au dialogue entre les religions. Nous lui faisons part de notre gêne devant ce qui ressemble bien à du fanatisme. La discussion cessera brusquement. Nous aurions voulu lui parler de nos interrogations, quelques jours auparavant, à Damas devant le tombeau d'Hussein à la grande mosquée des Omeyades. De ces chiites iraniennes qui hurlaient de douleur en embrassant la figuration de la dépouille. Similitude de scène, d'ambiance. Seule la religion change.

Le lac Tibériade se vide, la mer Morte se meurt et le fanatisme a de beaux jours devant lui.