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La Suisse ne craint pas de ripostes

La mort de Ben Laden ne change pas grand-chose dans l'immédiat.

03 mai 2011, 09:51

Ueli Maurer fait la moue. Il lève les yeux au ciel, comme s'il y cherchait ses mots. La mort d'Oussama ben Laden est-elle une bonne nouvelle pour la sécurité de la Suisse?, lui a demandé un journaliste. «Dans l'immédiat, elle ne changera pas grand-chose», estime le ministre de la Défense. Plus tard, il admettra que «pour la lutte contre le terrorisme, ce n'est peut-être pas une mauvaise nouvelle. Mais croire que le terrorisme islamiste est désormais éradiqué serait naïf.»

La froideur d'Ueli Maurer contraste avec le ton de Micheline Calmy-Rey. Pour la présidente de la Confédération, la décapitation d'al-Qaïda est clairement «une bonne nouvelle», car «Oussama ben Laden et son organisation sont les acteurs d'un terrorisme aveugle et brutal qui a fait des milliers et des milliers de morts», lit-on dans une prise de position diffusée par le Département fédéral des affaires étrangères.

«J'ai de la compréhension pour la joie des Américains. Notre mission à nous est cependant de travailler sur les possibles conséquences», justifie Markus Seiler, le directeur du Service de renseignement de la Confédération (SRC). Hasard du calendrier, l'annonce de la mort de Ben Laden est survenue le jour de la présentation par le SRC de son rapport annuel sur la sécurité de la Suisse. La menace du terrorisme islamiste y est décrite comme limitée. Même après la décision du peuple d'interdire la construction de nouveaux minarets. «Le 26 juillet 2010, le numéro deux d'al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, a fait allusion à cette votation dans un message audio», rappelle Markus Seiler. «Depuis, la Suisse n'a plus été mentionnée, mais nous restons vigilants.»

L'élimination de Ben Laden pourrait pour sa part inspirer à court terme des actes de vengeance de la part d'individus isolés, y compris en Suisse. «Pour nous, le plus grand danger provient des Suisses ou des doubles nationaux partis se former militairement dans des camps à l'étranger et qui pourraient revenir commettre des attentats», explique Ueli Maurer.

Pourquoi pas plus tôt?

Une attention particulière est portée aux «takfiris», mouvance radicale implantée dans les Balkans et qui recrute en Suisse. «Mais nous touchons du bois», lâche le conseiller fédéral. Depuis hier, ce sont les citoyens et les intérêts américains qui paraissent en ligne de mire. Pour autant, un renforcement des mesures de sécurité ne s'impose pas, aux yeux de Markus Seiler. «Elles sont déjà au niveau maximum.»

Pour le patron des services de renseignement, la mort de l'ennemi public no 1 des Etats-Unis est certes «symboliquement importante. Mais le noyau dur d'al-Qaïda au Pakistan et en Afghanistan était déjà affaibli» par une série d'attaques ciblées lancées ces derniers mois par les Américains. Par ailleurs, «depuis un certain temps déjà, al-Qaïda est davantage une idéologie qu'un mouvement». Quant à ben Laden, «nous nous attendions à ce qu'il soit pris tôt ou tard», avoue Markus Seiler. «La vraie question est de savoir pourquoi il ne l'a pas été avant.»

 

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