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La Suisse joue de son intelligence

Pourquoi la Suisse est-elle riche? Grâce à un sort bénéfique, son capital humain et l'art d'éviter les grosses erreurs, répond Tobias Straumann, professeur d'histoire économique aux universités de Zurich et Bâle.

16 mars 2010, 09:44

Tobias Strauman, pas de r?ussite sans circonstances favorables, constate l'histoire ?conomique. Quelles sont ces circonstances qui ont permis ? la Suisse de r?ussir ?conomiquement ce dernier si?cle?

La paix, d'abord. La Suisse n'a pas ?t? attaqu?e pendant la Premi?re ni, surtout, pendant la Deuxi?me guerre mondiale. La situation, ensuite. La Suisse est en Europe, continent tr?s riche. Elle a toujours ?t? en contact avec des ?conomies tr?s puissantes - l'Allemagne, la France et le Nord de l'Italie. Aucun choix l? dedans, seulement de la chance.

Des r?gions riches et une banque centrale allemande efficace?

L'Allemagne est le partenaire principal de l'?conomie suisse. Elle a toujours men? une politique mon?taire similaire ? celle de la Suisse. Une tr?s bonne chose en syst?me de taux de change flottants, gage de stabilit? pour la Suisse. Aujourd'hui, la Banque centrale europ?enne doit mener une politique mon?taire pour tout le continent, avec des ?conomies tr?s h?t?rog?nes. La proximit? est moins forte. Par contre, l'euro a donn? de la stabilit? ? l'Europe, et donc ? la Suisse. Mais les choses pourraient changer (r?d: r?f?rence aux tensions li?es aux d?ficits en Gr?ce, en Espagne, au Portugal).

Et l'immigration?

Il s'agit d'une tr?s ancienne tradition. Depuis la R?forme, la Suisse a attir? ?norm?ment de talents. En Suisse occidentale d'abord, avec la Gen?ve calviniste, Lausanne et Neuch?tel, puis en Suisse al?manique. Sans cette immigration des talents, venant de France surtout, la Suisse n'aurait pas connu le d?veloppement ?conomique spectaculaire qui est encore le sien. Ces r?fugi?s ont r?volutionn? l'?conomie suisse aux 17e et 18e si?cles. Avec l'instabilit? en Europe aux 19e et 20e si?cles, avec aussi l'attractivit? m?me de l'?conomie suisse, les talents ont continu? ? venir. Un avantage ?norme.

La Suisse a eu une autre chance: la quasi absence de mati?res premi?res.

La structure ?conomique d'un pays d?pend largement de leur pr?sence ou non. Au 19e si?cle, la Grande-Bretagne et la Belgique ont eu beaucoup de chance avec leur charbon. Au 20e, c'est devenu un d?savantage. Elles ont eu de la peine ? faire le changement structurel vers des industries modernes et innovatrices. Au contraire, la Suisse n'a que l'eau. Tout en important ses mati?res premi?res, elle a d? choisir des industries ? forte valeur ajout?e de savoir pour pouvoir vendre sur les march?s mondiaux. Elle a d? se diversifier aussi.

La Suisse a donc eu de la chance. Mais la chance ne suffit pas. La prosp?rit? d'un pays d?pend notamment de la qualit? de son capital humain. La Suisse a-t-elle su valoriser ce capital?

En effet. La Suisse est un centre culturel de l'Europe d?s la R?forme. Elle a pu profiter de la venue de penseurs comme Erasme ? B?le mais aussi d'une tradition propre de penseurs d?sireux de r?former l'?ducation. Les grands progr?s datent surtout du 19e si?cle, avec l'?cole primaire obligatoire, la cr?ation d'universit?s et des ?coles professionnelles et polytechniques. Une approche tr?s progressiste. A cette ?poque, la Suisse a aussi tir? profit de la pr?sence des immigr?s allemands - souvent des professeurs qui ont tiss? des liens permanents avec les grands centres scientifiques en Allemagne et en France. Les ?coles polytechniques de Lausanne et Zurich sont aujourd'hui les meilleures du continent. C'est un h?ritage des fondements forts ?tablis au 19e si?cle.

A propos de la Suisse, vous parlez aussi de ?l'art d'?viter les grosses erreurs? en politique ?conomique. La Suisse a r?ussi parce qu'elle aurait fait moins d'erreurs que d'autres. Vraiment?

Oui. Son syst?me politique est tr?s stable et ne permet pas beaucoup de changements. Avec le f?d?ralisme et la d?mocratie directe, il est impossible de d?velopper un plan ?conomique et de le r?aliser. Ce fut une bonne chose au 20e si?cle. Sur ce dernier si?cle, l'approche suisse, sans fantaisie, ne fut pas palpitante ? observer. Mais dans une perspective de croissance ?conomique, il est pr?f?rable de rester relativement conservateur. Un pays comme la Grande-Bretagne, par exemple, s'est essay? ? plusieurs mod?les, passant d'un extr?me ? l'autre, du lib?ralisme ? l'interventionnisme puis, de nouveau, au lib?ralisme. Cette instabilit? n'est pas productive, surtout pour un petit pays. Du reste, la plupart des petits pays europ?ens ont fait moins d'erreurs que l'Allemagne, l'Italie ou la France.

Le Partenariat social et le faible endettement ont aussi contribu? ? la richesse de la Suisse, selon vous. Mais en 2010, est-elle toujours aussi bien positionn?e?

Oui. La Suisse dispose d'avantages institutionnels qui s'expriment dans sa politique ?conomique, ennuyeuse mais efficace au regard du bilan de la crise, et dans sa forte attractivit? ? l'?gard des talents, les Allemands ? Zurich, par exemple. Les m?mes facteurs sont toujours ? l'?uvre. /PFB

Vous retrouverez l'int?gralit? de cet article sur le site www.swissinfo.ch

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