La guérilla colombienne douche les espoirs français

Peu après l'arrivée en Colombie d'une mission humanitaire dépêchée par Paris pour venir en aide à Ingrid Betancourt, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont averti jeudi soir qu'elles ne libéreraient aucun otage. La guérilla exige au préalable un accord politique avec Bogota. Les personnes retenues dans nos campements ne seront libérées que dans le cadre d'un échange de prisonniers. Il n'est pas acceptable qu'elles réclament plus de gestes de paix après tant de témoignages de notre bonne volonté», a dit Rodrigo Granda, l'un des dirigeants du mouvement.

06 avr. 2008, 12:00

Rodrigo Granda, dont le président français Nicolas Sarkozy avait obtenu la libération auprès de son homologue colombien en juin 2007, a ajouté que la mort de Raul Reyes - le numéro deux des Farc tué dans une opération colombienne en Equateur - avait compliqué la situation des otages. La guérilla a par ailleurs réitéré ses exigences visant à la création, par le gouvernement colombien, d'une zone démilitarisée dans le sud-est du pays.

La semaine dernière, les autorités colombiennes avaient proposé de libérer sans délai plusieurs centaines de guérilleros en échange d'Ingrid Betancourt. Et samedi, le président colombien Alvaro Uribe a ajouté que Paris serait disposé à accueillir des rebelles qui libéreraient des otages, une mesure confirmée par le premier ministre français François Fillon.

L'avertissement des Farc intervient alors que la mission humanitaire dépêchée par Paris est arrivée jeudi en Colombie. L'appareil français, un Falcon 50, s'est posé dans la matinée sur la base militaire de Catam, à l'ouest de Bogota. Une équipe médicale se trouvait à son bord.

«Paris attend toujours une réponse des Farc pour tenter d'accéder à Ingrid Betancourt», a déclaré hier ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. «Pour le moment, nous sommes en train d'essayer, essayer, essayer, et il n'y a pas d'autres solutions», a-t-il ajouté.

Selon plusieurs sources non officielles, l'otage franco-colombienne détenue depuis février 2002, souffrirait d'une hépatite B et de lechmaniose, une maladie provoquée par un parasite qui peut atteindre la rate et le foie. Elle aurait également entamé une grève de la faim et refuserait les médicaments des rebelles.

Jeudi soir, le président vénézuélien Hugo Chavez a de nouveau offert ses services en précisant avoir fait savoir au président Sarkozy «qu'il serait prêt à aller chercher avec lui Ingrid Betancourt».

La s?ur de l'otage, Astrid Betancourt, avait appelé jeudi à «ne pas délaisser» le canal de négociation que représente Hugo Chavez, soulignant que le président vénézuélien a un contact direct avec le chef rebelle Ivan Marquez. De son côté, le gouvernement équatorien s'est également déclaré prêt à coopérer humanitairement à une libération des otages. Dans un entretien diffusé jeudi par France 3, Alvaro Uribe a, lui, rapporté que les Français avaient une idée de l'endroit où se trouve Ingrid Betancourt. «Nous sommes prêts à suspendre les opérations militaires sur les lieux en question», a dit le président colombien.

Selon les proches d'Ingrid Betancourt, la mission se rendra selon toute vraisemblance dans la région du Guaviare, au sud-est de la Colombie, là où Clara Rojas, ex-collaboratrice de la Franco-Colombienne, a été libérée avec cinq autres otages. / ats-afp