Votre publicité ici avec IMPACT_medias

La dernière leçon de maître Capello

03 juin 2011, 09:14

«Magic Fab» est-il devenu un «âne bâté» comme le prétendent certains médias anglais depuis l'échec face à l'Allemagne lors de la dernière Coupe du monde? Johann Djourou, défenseur d'Arsenal, rigole: «La presse anglaise est dure à l'extrême. Fabio Capello reste un des meilleurs entraîneurs au monde. Ce sera un beau duel de tacticiens avec Ottmar Hitzfeld.» Pour son dernier mandat - il a annoncé qu'il prendrait sa retraite après l'Euro 2012 -, l'ex-coach de l'AC Milan entend prouver qu'il reste le numéro un.

Qu'il en ait encore l'opportunité tient presque du miracle. En principe, on ne survit pas impunément à un Mondial raté quand on entraîne la sélection des inventeurs du football. Bon, qui n'a quasiment rien gagné dans son histoire mais qui estime à chaque grand tournoi que tout autre résultat que la victoire finale représente un échec.

Pourquoi alors Fabio Capello est-il toujours en place? Certainement pas parce qu'il a été le buteur de la première victoire italienne à Wembley, le 14 novembre 1973. Ni, ou pas seulement, parce qu'un licenciement aurait coûté plusieurs millions de livres à la fédération. L'Italien est aussi dans le vrai lorsqu'il affirme: «A la Coupe du monde, nous sommes arrivés fatigués. De plus, une erreur d'arbitrage (réd: but de Lampard pas vu contre l'Allemagne) nous a condamnés.»

Philippe Senderos, défenseur de Fulham, tente une autre explication: «Capello est en train de renouveler l'équipe nationale. Forcément, cela prend du temps, mais les résultats vont suivre.»

Question d'origines

La raison principale est cependant à chercher encore ailleurs: Fabio Capello est un formidable gagneur. Peut-être le meilleur au monde, du moins avant l'avènement de José Mourinho. Au moment de succéder à Steve McClaren, l'Italien avait empoché 14 titres, dont huit championnats nationaux. «Arriver avec un tel palmarès en impose d'emblée. Un peu comme ce qui s'est passé en Suisse avec Ottmar Hitzfeld», assure Valon Behrami, qui jouait à Londres (West Ham) il y a encore six mois.

Fabio Capello est concret, méticuleux, comme tous les habitants de la terre qui l'a vu naître, le Frioul, région du nord-est italien coincée entre Autriche et Slovénie où les valeurs principales sont la maison et le travail. Le Frioulan est réservé, souvent bourru, il préfère les actes aux paroles. Le mythique gardien Dino Zoff ou encore le regretté Enzo Bearzot, champion du monde 1982 à la tête de l'Italie, sont d'autres dignes représentants de cette région montagneuse.

Pas fan des médias (qui le lui rendent bien), Fabio Capello n'est pas l'idole des supporters non plus: que de pañueladas (mouchoirs blancs agités en signe de désapprobation) a-t-il dû endurer au Santiago Bernabeu! Mais en deux ans à Madrid, il a remporté deux fois la Liga. CQFD.

Capello, toujours au contraire de Mourinho, n'est pas davantage l'ami des joueurs. «L'entraîneur n'est pas un grand frère, j'ai autre chose à faire que de mettre le nez dans les affaires de mes joueurs. L'entraîneur est quelqu'un qui est seul contre 25 footballeurs», a-t-il déclaré récemment au magazine «So Foot».

Il s'est pris de bec avec les plus grands, de Ronaldo à Del Piero, en passant par Gullit et Boban, puis Beckham et dernièrement Ferdinand. Les footballeurs ne l'aiment pas mais le respectent. «C'est avec lui que j'ai remporté mon seul scudetto», rappelle le capitaine de l'AS Roma Francesco Totti. Qui lui a sans doute pardonné d'avoir déserté la fête du titre, privilégiant des vacances au Vietnam. Et peut-être aussi d'avoir collectionné les victoires à Turin après avoir juré que jamais il n'entraînerait la Juventus...

«Discipline bénéfique»

La discipline, la rigueur tactique, l'étude minutieuse de l'adversaire à la vidéo sont ses credos. A son arrivée à Londres, ses «dix commandements» ont défrayé la chronique. Pas de tongs, pas de téléphones portables, pas de femmes ni d'agents dans l'hôtel de l'équipe... Et une concentration absolue pendant les entraînements. «L'arrivée de Capello a fait le plus grand bien à l'Angleterre. Il a changé le rapport des joueurs avec l'équipe nationale. Il a installé une discipline bénéfique. Quoiqu'en disent les tabloïds, les Anglais ont de la chance de l'avoir», assure Valon Behrami.

Malgré tout, peut-être que, affaiblie par les absences (Rooney, Gerrard, Carroll, Defoe, Carrick...) «son» Angleterre ne battra pas la Suisse demain. Et de nouvelles voix s'élèveront pour réclamer sa démission, comme au lendemain du nul concédé face au Monténégro (le 12 octobre). Fabio Capello s'en moquera. Lui, voit plus loin. Il pense au soir du 1er juillet 2012 à Kiev et à une dernière coupe à soulever. Puis, il se retirera serein dans sa villa de Malaga. Sans doute avec un petit rictus surplombant son menton prognathe...

Votre publicité ici avec IMPACT_medias