L'oligarque russe Boris Berezovsky se serait bien pendu à Londres

L'oligarque russe, ancien miliardaire et opposant à Vladimir Poutine en exil à Londres, Boris Berezovsky, se serait bien pendu dans sa salle de bains. La thèse est confirmée par son ex-garde du corps et son ex-assistant personnel, mais aussi par la police.
07 août 2015, 13:32
Boris Berezovsky est décrit par ses proches collaborateurs comme "déprimé et très sombre durant la plupart des quatre derniers mois" de sa vie.

L'ex-garde du corps et l'ex-assistant personnel de l'oligarque russe Boris Berezovsky, retrouvé mort dans sa résidence du sud de l'Angleterre en 2013, ont confirmé mercredi, comme la police, la thèse du suicide plutôt que celle de l'assassinat. Ils ont évoqué un homme brisé et dépressif, hanté par la mort.

"Il était tout le temps en train de dire: 'Est-ce que je devrais me pendre? Et où?' Il a passé en revue toutes les options, la noyade, se couper les veines, prendre des médicaments. Il en parlait tellement qu'on ne le prenait plus au sérieux", a souligné Avi Navama, l'ancien garde du corps du milliardaire, à Windsor, dans le cadre d'une enquête judiciaire cherchant à déterminer les causes précises de son décès.

Le policier chargé de l'enquête, Mark Bissell, a lui aussi souligné que tous les éléments convergeaient vers la thèse du suicide. Il a rappelé que des experts en armes nucléaires s'étaient rendus sur les lieux mais n'avaient trouvé aucune trace de radiation. "Il y a diverses théories du complot selon lesquelles il aurait été assassiné. Ces allégations n'ont aucun fondement", a-t-il dit.

Opposant de longue date au président russe Vladimir Poutine, Berezovsky, 67 ans, avait été découvert mort en mars 2013, gisant sur le sol de la salle de bain de sa résidence d'Ascot, une ville luxueuse située à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Londres.

Intérêt à le laisser vivant

L'autopsie avait conclu à une probable mort par pendaison et le médecin légiste n'avait trouvé aucune trace de lutte. Mais des proches avaient fait état de leurs soupçons, Berezovsky étant l'une des principales figures en exil à Londres militant contre Vladimir Poutine. A l'instar d'Alexandre Litvinenko, mort après avoir été empoisonné au polonium en novembre 2006.

Michael Cotlick, l'assistant personnel de Berezovsky, a souligné que le milliardaire n'était plus une "cible" à l'époque, contrairement à 1994 et 2007 où il avait échappé à deux tentatives d'assassinat, en Russie et au Royaume-Uni.

"Si dans le passé il a pu y avoir des personnes intéressées par son assassinat, les gens ont, au fil du temps, eu davantage intérêt à le laisser en vie, pour des raisons politiques", a-t-il souligné, estimant que Berezovsky constituait un bouc émissaire "pratique" pour le gouvernement russe.

Milliardaire le plus pauvre du monde

Selon lui, Berezovsky était surtout miné par des problèmes personnels et des soucis d'argent, avec son divorce très coûteux avec sa deuxième femme en 2011, et sa bataille judiciaire perdue en 2012 contre un autre oligarque russe, Roman Abramovich, le propriétaire du club de football de Chelsea.

Ce procès a constitué "un tournant", selon Avi Navama, qui a décrit comment son patron, à la tête d'une fortune colossale dans les années 1990, se considérait par la suite comme "l'homme le plus pauvre du monde".

Peu avant sa mort, le milliardaire s'est également séparé de sa dernière compagne, Elena Gorbunova, qui aurait elle aussi engagé une procédure judiciaire.

Oeil fatigué

"Déprimé et très sombre durant la plupart des quatre derniers mois" de sa vie, Berezovsky a, la veille de sa mort le 23 mars 2013, regardé son garde du corps "d'un oeil fatigué comme s'il ne savait pas quoi faire", s'est rappelé Navama. C'est lui qui, après avoir enfoncé la porte verrouillée de la salle de bain, a été le premier à trouver le corps inanimé de l'ancien oligarque.

"Je l'ai trouvé gisant sur le dos, la tête tournée vers le plafond, à côté des toilettes. Son visage avait une couleur pâle et pourpre. Son corps était froid et raide", a-t-il raconté.

Echarpe fatale

Le temps d'alerter les secours, il a découvert dans un deuxième temps seulement que la victime portait autour du cou un mince morceau de tissu, "l'écharpe qu'il portait tout le temps", a raconté le garde du corps. "Et l'autre bout était accroché à la douche."