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L'Irak comme enjeu majeur

A l'approche des élections législatives de mardi, l'Irak est plus que jamais au coeur de la campagne. Rencontre avec Tammy Duckworth, candidate démocrate de Chicago, qui a perdu ses deux jambes à Bagdad Le micro posé sur la table, devant Tammy Duckworth, gêne les caméras. «Si vous voulez, je peux le mettre là: j'ai de la place», dit-elle en le posant sur sa cuisse. Ou, plutôt, là où elle avait sa cuisse. Réserviste envoyée en Irak, elle a vu son hélicoptère touché par une roquette le 12 novembre 2004 à Bagdad. Onze jours plus tard, elle se réveillait à Washington, amputée des deux jambes.

04 nov. 2006, 12:00

Après sa convalescence, le major Duckworth a témoigné devant la commission des anciens combattants du Congrès. «Les parlementaires étaient pressés de se faire prendre en photo avec moi, mais le sort des soldats en Irak ne semblait pas trop les intéresser». C'est de cette déception, dit-elle, qu'est né son désir d'entrer en politique. Mardi prochain, elle sera l'un des six vétérans d'Irak et d'Afghanistan (cinq démocrates et un républicain) à se présenter pour un siège au Capitole.

«Nous mangions du homard et du steak, mais nous manquions d'équipements de protection»

A 38 ans, elle est la candidate vedette du Parti démocrate pour représenter la banlieue ouest de Chicago à la Chambre basse, un siège occupé pendant trente-deux ans par Henry Hyde, un dinosaure républicain parti à la retraite.

Dans ce sixième district d'Illinois, bastion du parti de George Bush, Tammy Duckworth évite de mentionner son parti. Elle préfère dire qu'elle est «fiscalement conservatrice et modérée sur les questions sociales». Face à elle, Peter Roskam, 45 ans, républicain bon teint, déjà sénateur au Congrès local, a été surpris de la voir faire jeu égal dans les sondages.

Au coude à coude, les deux candidats se disputent 10% d'électeurs indécis en les assommant de spots télévisés et de prospectus. Hillary puis Bill Clinton sont venus épauler Tammy Duckworth. Dans le camp d'en face, George Bush, Dick Cheney et Laura Bush se sont affichés aux côtés de Peter Roskam. Emblématique, le scrutin oppose une démocrate qui, par sa seule présence, met la guerre en Irak au coeur du débat, à un républicain qui fait tout pour éviter le sujet.

Quand Tammy suggère de demander au secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, de présenter un état des lieux au Congrès tous les deux mois, Roskam se sent obligé d'acquiescer.

Mais il se dit convaincu que «les impôts et les immigrants clandestins sont les deux thèmes les plus importants pour les électeurs». Il accuse son adversaire de vouloir augmenter les premiers et amnistier les seconds. Cela illustre le renversement du rapport de force. Il y a quelques mois encore, la guerre mettait mal à l'aise les démocrates, tiraillés entre leur base antiguerre et la peur de perdre les électeurs centristes sur les enjeux de sécurité nationale. Les républicains étaient encouragés par leurs chefs à parler de l'Irak autant que possible et à le décrire comme le front principal de la guerre antiterroriste.

Aujourd'hui, ce sont les démocrates, au contraire, qui mettent le sujet sur la table dès qu'ils en ont l'occasion. Depuis peu, les sondages leur donnent l'avantage: selon Newsweek, 46% des Américains leur font plus confiance pour trouver une issue à la guerre, contre 34% à la majorité sortante. La volonté de «maintenir le cap» était autrefois la signature d'un président résolu et déterminé, c'est devenu un slogan pour caricaturer Bush comme un entêté, déconnecté des réalités.

Popularité nationale

L'opposition n'a pourtant pas de solution miracle à proposer. La plate-forme électorale du parti prône l'amorce d'un retrait graduel, mais les suggestions les plus variées s'entrechoquent. John Murtha, vétéran du Vietnam, prône un départ immédiat, les sénateurs John Kerry et Russ Feingold demandent un calendrier de retrait étalé sur un an, une douzaine d'élus souhaitent que l'US Army se limite à un rôle de soutien des forces irakiennes, le sénateur Joe Biden préconise une partition du pays en trois entités autonomes Les démocrates ne sont d'accord que pour demander la démission de Donald Rumsfeld.

Comme les autres, Tammy Duckworth critique avant tout la gestion de la guerre. «Nous mangions du homard ou du steak, mais nous manquions d'équipements de protection», répète-t-elle de podium en tribune. Elle souligne qu'elle fait toujours partie de l'armée, qu'elle ne regrette pas son engagement. Fallait-il envahir l'Irak? «Il aurait mieux valu terminer ce qu'on avait entrepris en Afghanistan», répond-elle. Sur sa chaise roulante rouge, le major Duckworth se fait sans cesse aborder. Des parents viennent lui parler de leurs enfants envoyés en Irak; un vétéran d'Afghanistan lui rappelle l'époque où ils s'entraînaient ensemble

L'épouvantail Hillary

Pour chacun, elle plonge dans son sac à main et sort des petits bracelets de perles marqués «Amis de Tammy Duckworth». Elle a des fans dans tout le pays, au point que sa popularité nationale devient une arme pour son adversaire. «Ce n'est pas Hollywood ou New York qui va décider de qui est élu ici», martèle Peter Roskam.

Un électeur républicain a proposé à Peter Roskam un slogan susceptible, espère-t-il, d'effrayer les électeurs: «Tammy Duckworth est une nouvelle Hillary Clinton» Finalement, elle est peut-être en train de devenir un espoir du Parti démocrate. / GFA-Le Figaro

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