Votre publicité ici avec IMPACT_medias

L'Europe ne vole pas au secours de Khodorkovski

01 juin 2011, 10:47

Du fond de sa cellule moscovite, Mikhaïl Khodorkovski a reçu, hier, un maigre coup de pouce de la justice internationale. La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a reconnu la Russie coupable de huit infractions relatives aux conditions d'interpellation et de détention préventive de 2003 à 2005, de l'ancien oligarque. La haute juridiction de Strasbourg a néanmoins refusé, comme le souhaitaient les plaignants, de voir un «motif politique» derrière la décision des autorités judiciaires russes.

C'est durant cette période, trois ans après l'arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin, que l'ancien patron de la compagnie pétrolière Ioukos avait été accusé d'escroquerie et d'évasion fiscale, puis condamné, en 2005, à huit ans de camp. Le 24 décembre 2010, Mikhaïl Khodorkovski écopait de six années supplémentaires, cette fois pour vol de pétrole et blanchiment d'argent. Hier, la Cour s'est concentrée sur la genèse de l'affaire, durant laquelle s'est scellée la chute d'un des hommes les plus puissants de la Nouvelle Russie.

Pas considéré comme un prisonnier politique

Lorsque, le 25 octobre 2003, ce dernier est interpellé à l'aéroport de Novossibirsk puis conduit manu militari à Moscou - officiellement à tire de témoin - tout «laisse à penser» que les enquêteurs «voulaient faire de lui un accusé», dénonce la Cour. Une fois en prison, les avocats de Khodorkovski ont été fouillés «illégalement», poursuivent les juges de Strasbourg. Parfois, la justice a statué... en l'absence de l'intéressé.

Pour ces violations à la Convention européenne des droits de l'homme, dont la Russie est signataire, Moscou se voit condamné à une amende symbolique de 10 000 euros. Pour autant, la Cour ne met pas en doute la solidité des chefs d'inculpation pesant sur l'intéressé et refuse de le «décorer» du titre de «prisonnier politique». Les preuves qui auraient permis d'emporter l'avis des juges «n'ont pas été apportées», estiment ces derniers. La défense de l'ex-oligarque a déjà engagé une nouvelle requête à Strasbourg, pour décrocher enfin ce sésame, que seule l'Organisation Amnesty International lui a déjà accordé.

Dissensions apparentes

C'est pourtant loin des prétoires que les commentateurs russes imaginent un dénouement. La diffusion récente par deux télévisions inféodées à l'Etat d'un sujet consacré à l'ancien tycoon a mis en émoi les kremlinologues.

Pour la première fois depuis 2003, les téléspectateurs de Rossia 2 ont entendu le «criminel» Khodorkovskii - tel qu'il fut récemment décrit par Vladimir Poutine - déclamer que les accusations portées contre lui étaient «absurdes». Une initiative journalistique impensable sans une commande préalable d'Etat. Celle-ci aurait été inspirée par le Kremlin, où siège Medvedev.

«Une libération de Khodorkovski ne pourrait que profiter à ce dernier», explique Evguéni Gontmakher, un politologue proche des cercles présidentiels. En déclarant qu'un élargissement de l'ex-oligarque ne représenterait «aucun danger pour la société», Medvedev cultive son image de libéral face à Poutine, en prévision des élections de 2012. Reste à voir si Khodorkovski profitera de ces apparentes dissensions. Rien n'est moins sûr.

Votre publicité ici avec IMPACT_medias