L'espoir du pragmatisme

La victoire surprise du Hamas aux élections palestiniennes a créé un véritable choc psychologique. Mais de nombreux analystes estiment que le réalisme pourrait prévaloir et inciter les deux ennemis à se rapprocher Après l'annonce de la nette victoire surprise du Hamas aux élections palestiniennes, son impact restait difficile à juger hier. Les analystes s'attendent à moyen terme à un certain pragmatisme tant du côté du Hamas que du côté israélien.

29 janv. 2006, 12:00

L'entrée du Hamas au Parlement et au gouvernement marquera le début d'une cohabitation sans précédent au pouvoir avec le Fatah, dont est issu Mahmoud Abbas, élu président de l'Autorité palestinienne en janvier 2005.

En dépit des divergences politiques avec le Hamas, Mahmoud Abbas devrait avoir les coudées franches pour mener des négociations avec Israël en vue d'un règlement. La loi fondamentale de l'Autorité palestinienne limite en effet largement le rôle du Parlement et du gouvernement à la politique interne, a expliqué le vice-président du parlement sortant, Hassan Khreisheh.

Consultations avec tous

Mahmoud Abbas a indiqué hier que «jusqu'à présent», il n'avait demandé à personne de former un gouvernement. «Nous menons des contacts et des consultations avec tous les blocs. Bien sûr, je vais demander à la majorité de former ce gouvernement», a-t-il déclaré à la presse.

Le Hamas a écrasé le Fatah en obtenant 76 sièges sur les 132 du Parlement contre 43 pour le parti de Mahmoud Abbas, qui a régné sans partage pendant une décennie sur les institutions de l'Autorité palestinienne. Le chef de file du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a pour sa part annoncé qu'il rencontrerait Mahmoud Abbas dans les prochains jours pour discuter d'un «partenariat politique».

Issu en 1987 de la première intifada, ce mouvement islamiste qui s'est fait un dogme de la négation d'Israël se retrouve sans crier gare aux premières loges politiques et diplomatiques. Sans s'y être préparé, il va devoir cohabiter avec un président élu qui s'est profondément engagé envers une solution de cohabitation avec l'Etat juif. Il lui faudra en outre tenir compte d'une communauté internationale qui a béni cette voie pacifique et détient les cordons de la bourse de l'entité autonome palestinienne initialement rejetée par le Hamas.

Alliances indispensables

Grâce à sa majorité absolue, le mouvement fondé par le cheikh Ahmed Yassine, liquidé en 2004 par Israël, est censé composer à sa guise le nouveau gouvernement. Mais il s'est empressé d'inviter les autres factions palestiniennes à y participer au motif, selon les termes d'Ismaïl Haniyeh, de «sauvegarder l'unité nationale».

Pour les analystes, il est indispensable au Hamas de rallier le maximum de factions autour de lui pour atténuer son image de radicalisme aux yeux mêmes d'une partie de son électorat. La reconnaissance du droit d'Israël à l'existence, concédée par le Fatah lors des négociations d'Oslo, est ainsi considérée par une majorité de Palestiniens comme irréversible. Le Hamas a déjà fait preuve de sa faculté d'adaptation en observant depuis un an une trêve, en prenant part au scrutin de mercredi dans le cadre d'institutions nées d'Oslo et en mettant sous le boisseau durant sa campagne ses appels à la destruction d'Israël.

La plupart des experts suivant de près le dossier estiment improbable que, parvenu au pouvoir, le Hamas reprenne dans un avenir immédiat une lutte armée à laquelle il affirme officiellement ne pas renoncer. Une telle prorogation de la trêve pourrait amener Israël à nouer une forme de dialogue avec le Hamas une fois passées les élections du 28 mars, qui poussent actuellement les partis hébreux à faire de la surenchère électorale. La presse arabe a salué hier la légitimité démocratique de la victoire du Hamas. Mais elle a aussi demandé au mouvement radical de ne pas enterrer le processus de paix. /ats-afp-reuters

L'appel de Jimmy Carter

L'ancien président américain Jimmy Carter, récent observateur des élections palestiniennes, a estimé hier que les Etats-Unis devraient trouver des moyens contournés de continuer à aider financièrement les Palestiniens, sans passer par une Autorité palestinienne dirigée par le Hamas.

Le Hamas étant considéré comme un mouvement terroriste, la loi américaine réclame que tout financement direct à un gouvernement dirigé par lui soit arrêté, a-t-il noté.

En revanche, Washington devrait accroître son aide à l'ONU, et aux ONG pour compenser ce gel, «pour que les gens puissent continuer à avoir à manger, un toit, l'accès à la santé et à l'éducation», a-t-il ajouté. Les Etats-Unis ont fourni 400 millions de dollars en aides directes à l'Autorité palestinienne l'année dernière. /ap