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L'attitude de l'Eglise révolte les Allemands

Après un entretien avec le pape Benoît XVI, à Rome, le chef des catholiques allemands, Mgr Zollitsch, s'est à nouveau excusé auprès des victimes. Mais 86% des Allemands trouvent cela insuffisant.

13 mars 2010, 11:14

Les Allemands sont mécontents et ne devraient pas se satisfaire des annonces faites hier après-midi par Mgr Zollitsch, chef de la hiérarchie catholique allemande. Après un entretien avec le pape, il a réitéré ses excuses à l'égard des victimes d'actes de pédophilie commis par des prêtres. Il a aussi témoigné de «l'émotion profonde» du pape. Sinon, il a annoncé une mesure déjà connue: la nomination d'un «évêque référent», en l'occurrence l'évêque de Trèves, Mgr Stefan, qui sera chargé de manière permanente de toutes les questions liés aux problèmes de pédophilie et de violence exercées dans des structures religieuses.

On en attendait plus. Selon les sondages, pas moins de 86% des Allemands ne sont pas satisfaits de la manière dont l'Eglise catholique, en Allemagne et à Rome, réagit aux révélations quotidiennes de violence et d'abus sexuels essentiellement commis dans des établissements scolaires religieux.

Hier, Wolfgang Thierse, vice-président du Bundestag, la chambre fédérale des députés, a ainsi demandé que le pape s'excuse enfin auprès des victimes. Il a aussi abordé les questions de la clarification des faits ainsi que du dédommagement matériel, dernier sujet que l'Eglise catholique essaye pour l'instant d'éviter.

Pour Bernd Hans Göhrig, secrétaire fédéral de l'association Kirche von unten (l'Eglise d'en bas), l'Eglise catholique allemande reste trop sur la défensive: «Elle n'a toujours pas accepté le principe de la création d'une commission d'enquête indépendante, comme en Irlande. Pour le dédommagement des victimes, elle n'a pas proposé grand-chose. Le seul point où elle bouge, c'est la mise en place d'un dispositif de prévention et d'alerte. Bien sûr, tous les gens d'Eglise ne sont pas en retrait. Les jésuites, par exemple, ont choisi de créer une commission d'enquête indépendante pour les affaires concernant leur ordre. Cette commission est même présidée par une femme protestante et avocate!»

Au niveau national, ce sont d'ailleurs trois femmes ministres qui bataillent pour que les scandales qui secouent jusqu'à présent 19 des 27 diocèses allemands soient élucidés et que les souffrances des victimes soient reconnues.

La plus acharnée, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger, ministre fédérale de la Justice, harcèle ainsi l'Eglise sur tous les fronts. Elle s'est même déjà fâchée avec la Conférence épiscopale, à qui elle a publiquement reproché de ne pas faciliter le travail des enquêteurs judiciaires. Elle a proposé la tenue de deux tables rondes, l'une concernant la question de la prévention et l'autre le dédommagement des victimes.

Mais Mgr Zollitsch, président de la conférence, a décliné l'invitation à la table ronde concernant le dédommagement des victimes, notamment parce que la plupart des délits ont été commis entre les années 1950 et 1980 et sont donc prescrits. En effet, pour ce type d'abus, la loi allemande prévoit une période de prescription allant de dix à vingt ans selon la nature et la gravité des faits. La ministre a donc annoncé la mise en plan d'un projet de loi pour élargir ces périodes à 30 ans, pour ce qui concerne les demandes de dédommagements.

Toutefois, «les abus sexuels sur les enfants ne sont pas seulement un sujet pour les Eglises», a rappelé la démocrate chrétienne Kristina Schröder, ministre de la Famille. Il est vrai que le cas de l'Odenwaldschule, pensionnat laïc mixte renommé sur les bancs duquel Daniel Cohn-Bendit a usé ses fonds de culotte, est à la une des médias depuis quelque temps. Un nombre impressionnant d'abus sexuels exercés par huit professeurs et un directeur, entre 1966 et 1991. La liste des victimes, actuellement au nombre de 33, n'est pas close. /TSC-La Liberté

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