Kiev craint une invasion russe, alors que l'OSCE envoie ses experts

La crainte de voir la Russie répéter dans l'est de l'Ukraine son opération en Crimée a éclaté au grand jour dimanche à Kiev devant des milliers de manifestants.
07 août 2015, 13:31
Le commandant suprême des forces alliées en Europe a déclaré: "La Russie agit plus comme un adversaire que comme un partenaire".

La crainte de voir la Russie répéter dans l'est de l'Ukraine son opération en Crimée a éclaté au grand jour dimanche à Kiev devant des milliers de manifestants. Les dernières bases militaires tombent dans la péninsule, alors que les premiers membres de la mission d'observation de l'OSCE sont arrivés en Ukraine.

Les troupes du président russe Vladimir Poutine sont prêtes à attaquer l'Ukraine "à tout moment", a déclaré le secrétaire du Conseil de sécurité nationale et de défense Andriï Paroubiï, du podium du Maïdan, la place de l'Indépendance.

"Le but de Poutine n'est pas la Crimée, mais toute l'Ukraine", a a lancé M. Paroubiï devant quelque cinq mille manifestants.

"La situation est même plus explosive qu'elle ne l'était il y a une semaine", a averti dans un entretien le ministre des Affaires étrangères Andrii Dechtchitsa.

Appel lancé par la Crimée

Le ministère russe de la Défense a lui estimé que Moscou "respecte tous les accords internationaux sur la limitation des effectifs des troupes dans les régions frontalières de l'Ukraine". Mais l'OTAN a également évoqué dimanche ce déploiement et ajouté que Moscou pourrait menacer la Transnistrie, région séparatiste de Moldavie.

Quelques heures plus tard, le Kremlin a diffusé un communiqué au ton rassurant. M. Poutine et la chancelière allemande Angela Merkel ont eux "exprimé leur satisfaction" à propos de l'envoi d'une mission d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopréation en Europe (OSCE) dans ce pays.

Selon un porte-parole de l'OSCE, un groupe de 20 à 40 observateurs, sur une centaine d'experts attendus, est arrivé à Kiev. Il devrait être déployé à partir de mardi dans différentes régions du pays. Mais il n'ira pas en Crimée.

Le rassemblement "pour l'unité nationale" sur le Maïdan a été convoqué pour répondre à l'agitation séparatiste dans l'Est et à la prise samedi des dernières bases ukrainiennes en Crimée par les Russes.

Manifestation à Donetsk

Les deux questions sont liées. Un "appel au peuple ukrainien" à méditer l'exemple de la péninsule a été lancé par le Premier ministre de la Crimée, désormais rattachée à la Russie.

Sergueï Axionov donne une image sombre des conséquences du volet économique de l'accord d'association entre l'Ukraine et l'UE, à venir dans quelques mois: "impôts d'un montant élevé sans que cela soit justifiable, hausse des prix et montée du chômage, l'âge de la retraite porté au-delà de l'espérance de vie moyenne".

Ces déclarations risquent d'être entendues dans l'est de l'Ukraine. Samedi, quelque 4000 personnes ont manifesté à Donetsk, brandissant des drapeaux russes et demandant le retour de Viktor Ianoukovitch, l'enfant du pays.

Le même jour, des soldats d'élite russes tirant en l'air appuyés par des véhicules blindés ont pris une nouvelle base ukrainienne en Crimée. Ils ont montré une fois de plus la résolution de Moscou face aux sanctions et aux efforts diplomatiques de l'Occident.

Ils ont arrêté le commandant de cette base de Belbek, près de Sébastopol, le colonel Iouliï Mamtchour. Une personne a été blessée.

Réunion attendue aux Pays-Bas

La prise de Belbek a également coïncidé avec les accusations de l'Allemagne, important partenaire économique de la Russie. Berlin a reproché à Moscou de "scinder l'Europe", par la voix de son ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, en visite à Kiev et à Donetsk.

Son homologue russe Sergueï Lavrov doit rencontrer le secrétaire d'Etat américain John Kerry en marge du sommet de La Haye, convoqué par le président américain Barack Obama et qui a lieu lundi et mardi. Le président de la Confédération Didier Burkhalter, président en exercice de l'OSCE, est attendu à ce sommet.

Ce week-end, après les critiques de son collègue Ueli Maurer, il a par ailleurs estimé que les efforts de la Suisse au sein de l'organisation sont en accord avec la Constitution.

De son côté, le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk a finalement annulé son déplacement à La Haye. Il a dit dimanche qu'il devait achever lundi ses pourparlers avec une mission du Fonds monétaire international (FMI), qui se trouve depuis le 4 mars en Ukraine. Kiev lui demande au moins 15 milliards de dollars pour éviter la faillite.

Cabinet ukrainien mis en cause

Le FMI réclame de son côté à Kiev des mesures d'austérité et notamment une réduction des subventions sur les prix du gaz pour la population.

Les manifestants du Maïdan ne font que modérément confiance au gouvernement issu de leur mouvement.

"Le Maïdan doit continuer. Il faut encore plus surveiller ce gouvernement que celui de Ianoukovitch", a dit une manifestante.