Japon-Chine-Taïwan: le ton monte d'un cran

Le conflit autour de la souveraineté des îles au large du Japon et de la Chine prend de l'ampleur jour après jour. Des militants japonais, dont des élus, ont débarqué sur l'une des îles alors que Taïwan convoque les officiels japonais en les sommant d'arrêter cette provocation.

19 août 2012, 16:44
Les Japonais ont tenu à marquer leur souveraineté sur une des îles contestées. En Chine, les manifestations populaires se multiplient.

Le bras de fer sino-japonais autour des îles Senkaku - îles Diaoyu pour Pékin -, en mer de Chine orientale, s'est durci au cours du week-end. Des nationalistes japonais ont débarqué sur l'archipel et la Chine a émis une nouvelle et vigoureuse protestation.

"Un responsable du ministère des Affaires étrangères a élevé auprès de l'ambassadeur du Japon en Chine une protestation solennelle et exhorté les Japonais à cesser les comportements portant atteinte la souveraineté territoriale de la Chine", a indiqué Pékin dimanche dans un communiqué.

Taïwan, qui n'a pas de relations diplomatiques avec Tokyo, a de son côté convoqué le représentant du Japon pour dénoncer une "provocation" qui "n'a fait qu'attiser les tensions en mer de Chine orientale", a déclaré le chef de la diplomatie Timothy Yang.

Une flottille d'une vingtaine de bateaux japonais avec environ 150 personnes était arrivée à l'aube devant les Senkaku pour réaffirmer la souveraineté du Japon sur l'archipel. Une dizaine de nationalistes ont débarqué à la nage sur Uotsurijima, la principale île, pour y hisser le drapeau japonais.

Manifestations en Chine

Trois navires de gardes-côtes japonais se tenaient à proximité. Les activistes ont ensuite regagné les bateaux avant d'être interrogés par des responsables des douanes japonaises. Le gouvernement japonais a démenti avoir permis au groupe d'accoster sur ces îles.

"C'est un territoire indiscutablement japonais. A flanc de montagne, on a trouvé des ruines de maisons de style japonais, avec les séchoirs à poisson, alors vous voyez!", exulte Eiji Kosaka, un élu de la région de Tokyo.

L'archipel est situé à 200 km des côtes de Taïwan, autre candidat à la souveraineté sur ces îles. Les Senkaku sont inhabitées, mais leurs eaux sont poissonneuses et leurs fonds pourraient être riches en pétrole et en gaz.

Cette expédition a immédiatement provoqué des manifestations antijaponaises dans au moins huit villes chinoises, selon l'agence officielle Chine nouvelle. Plus de cent personnes se sont notamment rassemblées près du consulat japonais de Guangzhou, au sud de la Chine, en chantant "Japon, va-t-en des îles de Diaoyu", a rapporté l'agence.

Eviter l'épisode de 2010

Avant le départ de l'expédition, Pékin avait fermement demandé samedi au Japon de "cesser immédiatement toute action portant atteinte à sa souveraineté territoriale".

Vendredi le Japon avait de son côté expulsé quatorze militants pro-chinois qui avaient débarqué mercredi sur les Senkaku/Diaoyu. Ils avaient été arrêtés peu après avoir hissé un drapeau chinois. Pour leur coup d'éclat, ces militants avaient choisi la date symbole du 15 août, jour de la capitulation du Japon en 1945.

En les expulsant rapidement, Tokyo semble avoir voulu éviter les fortes tensions d'il y a deux ans avec Pékin, en septembre 2010. Les autorités nippones avaient retenu pendant deux semaines le commandant chinois d'un bateau de pêche qui avait heurté des navires des garde-côtes nippons près des îles contestées.

Tokyo avait fini par le relâcher face au déluge de protestations, de menaces et de représailles de Pékin. Tokyo reconnaît Pékin comme seul représentant de la Chine, mais entretient des relations commerciales et culturelles étroites avec Taïwan, une colonie japonaise de 1895 à 1945.