«J'ai fait des erreurs»

Fabrice Burgaud s'explique devant une commission d'enquête sur le fiasco du procès. Le juge reconnaît des erreurs tout en estimant avoir été honnête Fabrice Burgaud, le juge d'instruction au coeur du fiasco de l'affaire de pédophilie d'Outreau, a tenté hier de s'expliquer sur cette catastrophe judiciaire qui a bouleversé la France. Il s'exprimait lors d'une audition retransmise par les télévisions.

09 févr. 2006, 12:00

Désigné par les acquittés comme le principal responsable de leur cauchemar, le magistrat a été entendu par une commission d'enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur les dysfonctionnements qui ont abouti à emprisonner, parfois pendant trois ans, des innocents dont les vies ont été brisées.

Souffrance

«Aujourd'hui peut-être plus que tout autre, je peux sentir leur souffrance, me représenter ce qu'ils ont vécu: l'enfermement, la séparation d'avec des êtres chers, leurs enfants, leur honnêteté également qui a été contestée», a affirmé d'une voix hésitante le juge de 34 ans.

«Je sais que cela a choqué et cela peut encore choquer, mais je l'ai dit et je le redis, j'estime avoir effectué honnêtement mon travail sans aucun parti pris d'aucune sorte», a-t-il poursuivi sous les yeux de certains des acquittés venus l'entendre. Il a reconnu avoir «peut-être» commis des «erreurs d'appréciation». «Je ne souhaite pas éluder ma responsabilité. Je me sens ici totalement responsable de l'instruction», a-t-il souligné lors de cette audition qui se poursuivait dans la soirée.

Mais il a insisté sur la gravité des faits sur lesquels il enquêtait, des enfants violés qui avaient «subi des sévices épouvantables». Il a également souligné qu'aucun membre de sa hiérarchie ne lui avait dit qu'il «faisait fausse route à l'époque de l'instruction». L'affaire d'Outreau s'était soldée par l'acquittement de 13 des 17 accusés initiaux après deux procès en assises. Un autre inculpé, qui se disait innocent, est mort en prison en juin 2002 d'une surdose de médicaments. Après le verdict rendu en appel le 1er décembre, le président Jacques Chirac avait présenté au nom de la France ses «regrets et excuses» aux acquittés.

Le juge Burgaud, objet depuis samedi d'une protection policière après avoir reçu des menaces, avait été accusé par tous les acquittés de s'être obstiné à faire d'eux des coupables malgré des éléments à décharge. Mais ses choix avaient ensuite été validés par sa hiérarchie. / ats-afp-reuters