France: vers une interdiction des mannequins trop maigres

Dans son action de prévention contre l'anorexie, les députés français ont voté l'interdiction du recours à des mannequins dénutris et jugés "trop maigres". Les agences se disent, elles, victimes de "stigmatisation".

03 avr. 2015, 22:42
Les mannequins désignées comme étant "trop maigres" subiront une interdiction d'exercer.

Cette nouvelle mesure intervient dans la foulée de la création la veille d'un délit d'incitation à la maigreur excessive. L'anorexie mentale touche 30'000 à 40'00 personnes en France, des femmes à une écrasante majorité (90%), et compte parmi les pathologies psychiatriques présentant la plus forte mortalité.

Selon un amendement à une loi sur la santé en cours d'examen à l'Assemblée nationale, "l'exercice d'une activité de mannequin est interdit à toute personne dont l'indice de masse corporelle (...) est inférieur à des niveaux définis" par les ministères de la Santé et du Travail.

Le fait pour toute personne, qui exploite une agence de mannequins ou qui emploie un mannequin, de ne pas "veiller au respect de l'interdiction" sera passible de six mois de prison et 75'000 euros (environ 78'700 francs suisses) d'amende, stipule le texte, voté vendredi. Cette mesure sera "contraignante" pour tout mannequin, y compris étranger, "désirant travailler sur le sol français", a souligné le député socialiste Olivier Véran, à l'origine de l'initiative.

Mourir de faim

Dans un premier temps, le texte avait été rejeté en commission parlementaire, par crainte qu'une telle interdiction constitue une discrimination à l'embauche. Fort de l'appui du gouvernement, M. Véran l'a remis sur le tapis devant l'Assemblée réunie en plénière.

Pour vaincre les réticences, il a lu une lettre d'un top model, dont il n'a pas révélé le nom, accusant les agences de prôner la prise de laxatifs pour perdre du poids. Ce mannequin pesant "moins de 45 kg pour 1,80 mètre" y racontait aussi avoir vu une collègue, s'étant littéralement laissée "mourir de faim", succomber sous ses yeux à un arrêt cardiaque à la sortie d'un défilé.

Grave amalgame

Dans une France bastion de la mode et de la haute couture, le vote de vendredi a déclenché la colère de la corporation. Le Syndicat national des agences de mannequins (Synam) a jugé "très grave de faire l'amalgame entre l'anorexie et la minceur des mannequins".

"C'est méconnaître que l'anorexie est une maladie psychogène (principalement causée par des facteurs psychologiques, ndlr)", a déclaré à l'AFP Isabelle Saint-Félix, secrétaire général du Synam, qui représente une quarantaine d'agences en France.

"C'est un peu simpliste comme raisonnement de penser qu'il n'y aurait plus d'anorexiques si on supprimait les mannequins très minces", a-t-elle dénoncé, arguant de la maigreur naturelle de certaines vedettes des podiums de défilés de mode.