Explosion meurtrière d'une turbine électrique

Dix personnes sont mortes et des dizaines d'autres ont été portées disparues hier après un spectaculaire accident sur l'une des plus grandes centrales hydroélectriques de Russie. Le drame s'est produit en Sibérie et a sérieusement perturbé l'approvisionnement en électricité de la région.
02 août 2015, 18:47

L'activité de la centrale hydroélectrique de Saïano Chouchenskaïa, dans la région de Khakassie, près de la frontière mongole et à environ 4300 km de Moscou, a été totalement interrompue après la catastrophe, provoquée par une brusque élévation de la pression de l'eau dans l'une de ses dix turbines, dont l'origine n'est pas encore connue.

Située sur le fleuve Iénisseï, la centrale est l'une des plus puissantes du monde, avec une capacité de 6,4 millions de kilowatts/heure. Son barrage, qui culmine à 245 m de hauteur, est long de 1074 mètres.

L'irruption de l'eau a provoqué un «choc» qui a détruit la turbine et une partie du plafond et du mur de la salle des turbines. Selon le dernier bilan donné par Vassili Zoubakine, le patron par intérim du groupe public Rushydro, qui gère la centrale, «le nombre des morts est monté à 10, celui des blessés à 14 et 62 personnes sont portées disparues».

Les télévisions russes ont diffusé des images montrant des débris de béton, de câbles et d'armatures métalliques tombées pêle-mêle à l'arrière du barrage, et la salle des turbines envahie d'eau et de débris. Le ministre de l'Energie, Sergueï Chmatko, s'est rendu sur place et le premier ministre Vladimir Poutine est arrivé hier soir au siège du centre national de gestion des crises.

Les autorités locales et nationales ont insisté sur le fait que le barrage restait solide et que les populations vivant en aval n'étaient nullement menacées.

Une nappe de produits pétroliers d'environ 25 kilomètres carrés, qui s'est échappée des turbines accidentées, a été repérée à la surface de l'Iénisseïé.

Des entreprises de la région ont dû interrompre leur activité ou recourir à des sources d'énergie extérieures, à l'instar du géant de l'aluminium Rusal, qui y gère deux importantes fonderies. Les autres centrales électriques de la région ont augmenté leur production pour compenser.

Le courant sera «prochainement» rétabli pour les consommateurs de cinq régions de Sibérie affectés par l'accident et les restrictions levées. Mais la reconstruction de la centrale risque de prendre «quatre ans ou plus», a déclaré Vassili Zoubakine.

Son arrêt va coûter cher à Rushydro: 1,5 milliard de roubles (32 millions d'euros) de pertes par mois, a-t-il souligné. Les consommateurs finaux de Sibérie eux-mêmes ne sont pas à l'abri «d'une hausse des prix de 5 à 7%» de l'électricité.

Le Service fédéral des tarifs n'a pas exclu que la Russie toute entière soit contrainte de revoir son programme énergétique: «Nous n'excluons pas que l'assiette énergétique de 2010 soit revue puisqu'elle avait été établie en prenant en compte la production de la centrale», a déclaré une porte-parole.

Le secteur électrique russe, longtemps privé d'investissements, est dans un état très vétuste. «L'accident servira de rappel de l'importance de l'électricité dans une économie moderne et du fait que la sécurité et la fiabilité ne peuvent pas être obtenus sans financement adéquat», a souligné Derek Weaving, analyste de la banque Renaissance Capital. /ats-afp