Eclairage: «Le détonateur de la réunification irlandaise?»

Nos journalistes mettent en perspective des sujets d’actualité régionale, sportive, nationale ou internationale avec des analyses ou des éclairages. Aujourd’hui, Daniel Droz évoque l’avenir de l’Irlande dans le contexte du Brexit.

02 déc. 2019, 17:00
Entre Belfast et Dublin, un panneau prône la réunification comme solution au Brexit.

L’année 2021 marquera le centenaire du traité anglo-irlandais ayant provoqué la séparation entre le Nord et le Sud de l’Irlande. Séparation qui a fait suite à l’indépendance de la partie méridionale de l’île d’Emeraude, devenue république en 1949, alors que sa partie septentrionale a choisi de rester fidèle à Londres.

La frontière physique entre les deux Irlande a subsisté jusqu’en 1998, année de l’accord du Vendredi-Saint. Celui-ci, signé par le Royaume-Uni, la République d’Irlande, les nationalistes (pro-irlandais) et les unionistes (pro-britanniques), privilégie la solution politique pour mettre fin aux troubles qui ont ensanglanté l’Irlande du Nord pendant 30 ans. Cette guerre civile au sein de l’Union européenne a fait près de 3500 morts en trois décennies.

L’Irlande du Nord, en juin 2016, a refusé le Brexit.

Aujourd’hui, alors que les plaies ne sont pas entièrement cicatrisées, le Brexit remet l’Irlande au centre des débats. Il pourrait provoquer l’impensable, la réunification de l’île à court ou moyen terme. Petit rappel: l’Irlande du Nord, en juin 2016, a refusé le Brexit par 56% des voix.

«Ironiquement, Londres, les brexiters et les unionistes nord-irlandais ont fait davantage avancer la cause d’une Irlande unie que des décennies de conflit…», confie dans «Le Monde» Laurence McKeown, ancien de l’Armée républicaine irlandaise, aujourd’hui intellectuel et écrivain respecté.

«La paix n’a que vingt ans, et personne ne pensait que la question de la souveraineté viendrait sur la table avant deux ou trois générations. Le Brexit nous y a entraînés. L’idée d’une Irlande unie devient une réalité. La question est: quand? Ce n’est pas pour demain, mais désormais on sait que ça arrivera», renchérit dans le même quotidien Jonny Byrne, un politologue.

Pour faire simple, l’accord négocié par Boris Johnson avec Bruxelles prévoit une frontière maritime entre l’Irlande du Nord et la Grande Bretagne. Toutes les parties veulent éviter le retour à une division terrestre, potentielle source de nouveaux conflits intercommunautaires, disent les observateurs.

Si le Brexit se réalise en janvier prochain, le désir d’Europe pourrait l’emporter sur les haines ancestrales. L’accord du Vendredi-Saint prévoit qu’une réunification peut avoir lieu si elle est approuvée par les deux Irlande.