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Eclairage: «La nuit des sorcières de Donald Trump»

Des universitaires nous éclairent sur des sujets d’actualité, de société ou de recherche. L’administration Trump aux Etats-Unis? «Quatre ans de démagogie, de désinformation, et d’attaques en règle ont attisé les divisions et décrédibilisé le pays aux yeux du monde», écrit Patrick Vincent, professeur à l’Université de Neuchâtel.

19 oct. 2020, 17:00
La Maison-Blanche à Washington: une ambiance de fin de règne s’y serait-elle installée?

Une atmosphère de fin de règne sévit désormais à la Maison Blanche, où les visiteurs se font rares, les collaborateurs cherchent un autre emploi, et le président, tel un roi Lear burlesque, crie à l’injustice tout en colportant une énième théorie du complot.

Or les quatre dernières années ressemblent moins à un drame shakespearien qu’à un conte romantique allemand. Méphisto de la téléréalité et des réseaux sociaux, Donald Trump a cherché à pervertir tous ceux qui l’entouraient, menant ses concitoyens à travers une forêt ténébreuse d’où personne n’est sorti indemne. A la veille d’une des plus importantes élections de leur histoire, on peut se demander combien de temps il faudra pour que les États-Unis se remettent de leur longue nuit des sorcières.

Le trumpisme aura dévoyé le pays et cautionné l’autoritarisme.

Quatre ans de démagogie, de désinformation et d’attaques en règle ont attisé les divisions et décrédibilisé le pays aux yeux du monde. Comme l’a récemment expliqué le politologue Joseph Nye dans «Le Temps», le président et ses acolytes ont agi non seulement de façon immorale, mais également amorale, c’est-à-dire sans réflexion éthique.

La moralité a pourtant toujours occupé une place de choix dans cette nation fondée sur des idéaux. Les colons puritains s’imaginaient bâtir une «cité sur une colline» qui devait avoir valeur d’exemple. Quoique l’on en pense, leurs descendants ont souvent mené une politique justifiée sur la base d’exigences morales. En rendant le peuple américain encore plus cynique envers ses élus, et moins enclin à croire à la place de la morale en politique, le trumpisme aura dévoyé le pays et cautionné l’autoritarisme.

Certains diront qu’un peu de cynisme est parfois salutaire, permettant, comme dans la Grèce antique, de dévoiler l’hypocrisie. Mais la philosophie cynique, à l’image de Diogène, devait aussi encourager la vertu. Autrement dit, une politique sans valeurs ou convictions ne peut mener qu’à la quête du pouvoir et de l’argent. Pensez à Steve Bannon, ce Diogène moderne: le plus proche conseiller de Trump et gourou de la droite radicale est aujourd’hui inculpé de fraude et malversation. Comme dans les contes, on ose donc espérer que cette sombre histoire finira bien.

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