Crimée: les "Russes" aux urnes, les Tatars chez eux

A Bakhtchissaraï, les Ukrainiens d'origine russe votent tandis que les Tatars boycott le scrutin.

16 mars 2014, 12:08
Les Tatars ne reconnaissent pas le référendum.

Elvira glisse dans l'urne transparente son bulletin de vote en faveur de la Russie et range son passeport ukrainien. Cette Ukrainienne d'origine russe, ravie, est persuadée de l'avoir utilisé pour la dernière fois dans cette partie de la Crimée où vivent les Tatars. Ceux-ci ont décidé de boycotter le référendum de dimanche.

Dans la vieille ville de Bakhtchissaraï, cette mère de famille est venue tôt dimanche matin, juste après l'ouverture des bureaux de vote, avec ses deux fils prendre part au référendum sur le rattachement de la péninsule à la Fédération de Russie.

Si cette grosse bourgade de 25 000 habitants est la capitale de la communauté musulmane tatare de Crimée, qui est contre l'intégration de la péninsule en Russie, elle compte aussi une minorité d'Ukrainiens d'origine russe qui dimanche matin se pressait en nombre pour glisser leurs bulletins dans l'urne.

"Plus de débouchés"

"Oui, oui, c'est la dernière fois que j'utilise ce passeport ukrainien, du moins je l'espère. Et c'est une très bonne chose", explique Elvira. Elle pose les mains sur les épaules de son fils et de sa fille: "Ces deux-là vont grandir en Russie, et c'est tant mieux. Ils auront plus de débouchés. C'est un pays riche et puissant", dit-elle.

"Oui, j'ai des voisins et des amis tatars qui veulent rester dans l'Ukraine... Je ne comprends pas vraiment pourquoi", explique-t-elle ensuite. "Enfin si, c'est sans doute parce que Staline les a déplacés. Ils en gardent le souvenir et ils en veulent à la Russie, sans doute. C'est compréhensible", ajoute-t-elle finalement.

Tatars invisibles

Accusée d'avoir collaboré avec l'Allemagne nazie, la communauté tatare de Crimée a été déportée en Asie Centrale en 1944 et n'a pu rentrer dans ses terres ancestrales que 45 ans plus tard.

En ce dimanche froid et pluvieux à Bakhtchissaraï seuls les Russes sont sortis pour voter. Les Tatars sont invisibles, calfeutrés chez eux. Au cours des derniers jours, ils ont manifesté leur rejet de ce scrutin, brandissant le long des routes des drapeaux jaune et bleu de l'Ukraine.

Dans le bureau de vote installé à deux pas de la grande mosquée, les électeurs se pressent devant les tables d'émargement. Les deux urnes transparentes ont été scellées avec de la ficelle et un cachet de cire. Il y a des isoloirs, mais le secret du vote est relatif. Les bulletins sont glissés sans enveloppes, rarement pliés, la case cochée visible par tous. Sur les dizaines de bulletins observés dimanche, pas un seul était hostile à l'unification avec la Russie.