Crash de l'avion polonais à Smolensk: les pilotes sommés d'atterrir

Les pilotes de l'avion du président polonais Lech Kaczynski, qui s'est écrasé en 2010 à Smolensk en Russie, ont subi des pressions de responsables polonais présents dans le cockpit pour atterrir malgré un épais brouillard. Cette information ressort d'une nouvelle expertise publiée mardi par la radio RMF FM.

07 avr. 2015, 15:13
smolensk

Près de cinq ans après le crash de l'avion polonais à Smolensk, des théories de complot circulent toujours en Pologne, notamment dans les rangs du parti conservateur PiS de Jaroslaw Kaczynski, frère jumeau du président tué.

Selon la transcription de la bande sonore de l'une des boîtes noires, décryptée une nouvelle fois par des experts et diffusée par la radio, le commandant en chef de l'armée de l'air, le général Andrzej Blasik, était présent dans le cockpit durant les dernières minutes du vol et jusqu'à la fin tragique.

"Le fait est que nous devons le faire (tenter d'atterrir) jusqu'au bout", a-t-il dit six minutes avant l'impact au sol, en répétant la phrase prononcée dix minutes plus tôt par le chef du protocole du ministère des Affaires étrangères, présent aussi dans le cockpit.

"Vas-y, t'as assez de place!", a encore lancé le général Blasik au pilote à 300 m du sol. Sa phrase apparaît comme un encouragement à poursuivre l'atterrissage.

Plus de mots décryptés

Les pilotes ont tenté en vain de faire sortir du cockpit des personnes ne faisant pas partie de l'équipage durant les dernières minutes du vol, selon la transcription diffusée sur le site internet de la radio.

Dans un communiqué, le parquet militaire polonais, chargé de l'enquête sur le crash, a confirmé l'existence d'une nouvelle expertise sonore contenant "40% de mots décryptés de plus" qu'une expertise précédente d'un laboratoire de police.

Qualifiant d'"imprécises" les révélations de la radio, il a mis en garde contre leur interprétation "sans corrélation avec d'autres éléments" du dossier. Il a également prévenu les auteurs de cette "fuite" de poursuites judiciaires pouvant leur valoir jusqu'à deux ans de prison.

Le président Kaczynski, son épouse et 94 autres personnes présentes à bord, dont de hauts responsables politiques et militaires polonais, avaient péri dans cet accident le 10 avril 2010.

Enquête poursuivie

La semaine dernière, le parquet militaire avait confirmé qu'à son avis les pilotes étaient les premiers responsables de l'accident. Ils avaient parallèlement annoncé l'inculpation de deux contrôleurs aériens russes.

Les procureurs ont présenté un rapport d'experts confirmant les erreurs commises par les pilotes mais excluant une nouvelle fois une raison du crash "autre que le choc avec le sol".

Moscou refuse toujours de restituer l'épave du Tupolev-154 à la Pologne, malgré l'insistance de Varsovie, affirmant que l'enquête se poursuit.