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Ces images qui nous mentent, effrontément

Dans les médias, les photos sont en général perçues comme authentiques. Pourtant, elles se révèlent parfois mensongères. Une exposition en témoigne à Berne. «On ne ment jamais autant qu'avant les élections, pendant la guerre et après la chasse.» Cette citation d'Otto von Bismarck est actuellement démontrée, photos à l'appui, au Musée de la communication, à Berne. Parcourant un siècle d'iconographie mondiale, l'exposition «Images mensongères» met en évidence, avec force exemples, les multiples possibilités de manipulation du matériel photographique à des fins politiques, propagandistes ou purement commerciales.

22 nov. 2007, 12:00

La falsification des images n'est pas nouvelle. En témoigne cette carte postale montrant Lénine sur une estrade, en mai 1920, sur la place Sverdlov à Moscou. Dans une version postérieure de la même image, ses camarades Kamenev et Trotzki ont déserté la tribune. Cette tendance à effacer le souvenir des personnages dérangeant du passé - ce que les Romains appelaient déjà la «condamnation à l'oubli» - s'est développée en particulier sous Staline. Avec les années, l'homme de fer de l'URSS a fait le vide autour de lui, ses camarades disparaissant les uns après les autres des photos officielles truquées.

Plus tard, c'est Alexandre Dubcek, personnage symbolique du Printemps de Prague, qui s'évanouit d'une photographie faite lors d'une cérémonie publique. Et en 1998, lors d'une visite officielle de Bill Clinton en Allemagne, ce sont des manifestants portant une pancarte qui sont effacés d'un cliché destiné à une brochure du gouvernement de Thuringe. On pouvait y lire: «Même en période difficile, vous êtes joufflus!» Pour sa part, «Paris Match» s'est contenté d'un gommage cosmétique, lorsqu'il a corrigé récemment les bourrelets de Nicolas Sarkozy en vacances.

La manipulation des images peut aussi résulter de mises en scène. Comme ces faux reportages vendus par le cameraman Michael Born, qui lui ont valu une condamnation à quatre ans de prison à Coblence. Ou comme ces nombreuses émissions TV d'ex-Allemagne de l'Est, avec montage arbitraire de séquences et utilisation d'images hors contexte, qui visaient à faire passer des messages de propagande.

La mise en scène propagandiste est particulièrement courante en temps de conflit. Elle se pratiquait déjà pendant la Première Guerre mondiale, notamment parce que les opérateurs de l'époque ne pouvaient tourner «caméra à l'épaule» sur le terrain des opérations. Elle existe encore aujourd'hui, comme on a pu le constater pendant la guerre du Golfe. Et si les journalistes ne sont pas toujours tombés dans le piège médiatique des militaires, ils ont dû souvent se contenter des images aseptisées fournies par les forces armées. Des images présentant une «guerre propre», limitée à des «frappes chirurgicales». «La première victime d'une guerre, c'est la vérité», affirmait l'écrivain Kipling.

Même les images de guerre considérées comme des icônes peuvent être le fruit de mises en scène. Ainsi en est-il de ce drapeau soviétique brandi sur le Reichstag, en 1945 à Berlin. Jewgeni Chaldej a non seulement plagié l'image mythique de Joe Rosenthal, où des soldats américains érigeaient leurs couleurs. Il a dû, en plus, faire retoucher son cliché: l'un des soldats russes portait deux montres à ses poignets!

Reste qu'aujourd'hui, la falsification des images répond souvent à des motifs bassement matériels. Pour rendre l'événement plus «palpable», on ajoute des impacts de balles sur le corps d'une victime ou on transforme une flaque d'eau en traînée de sang lors d'un attentat. On va même jusqu'à déplacer des visages pour suggérer un baiser... /PFY-La Liberté

Exposition temporaire «Images mensongères» au Musée de la communication, à Berne, jusqu?au 6 juillet 2008. Rens: www.mfk.ch .
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