Catalogne: le gouvernement espagnol enclenchera samedi l'article 155

Le gouvernement espagnol activera samedi l'article 155 de la Constitution, ont annoncé jeudi les services du président du gouvernement, Mariano Rajoy. Cela permettra de suspendre l'autonomie politique de la Catalogne.
19 oct. 2017, 07:09
/ Màj. le 19 oct. 2017 à 10:51
Carles Puigdemont a assuré aux membres de son parti démocrate européen catalan qu'il ne reculerait pas devant le gouvernement central.

Le gouvernement espagnol a annoncé jeudi qu'il poursuivait la procédure de suspension d'autonomie de la Catalogne. Il estime que le président catalan Carles Puigdemont n'a pas restauré l'ordre dans sa région, approfondissant encore la crise entre Madrid et Barcelone.

"Le gouvernement continuera les démarches prévues par l'article 155 de la Constitution pour restaurer la légalité" en Catalogne, a-t-il indiqué dans un communiqué. Un conseil des ministres extraordinaire a été convoqué pour samedi pour décider quelles mesures doivent être prises dans le cadre d'une suspension d'autonomie de la Catalogne.

Cette décision fait suite à l'expiration de l'ultimatum lancé au président catalan Carles Puigdemont. Celui-ci devait dire avant 10 heures s'il avait ou non formellement proclamé l'indépendance de la région. Le dirigeant séparatiste n'a pas apporté la clarification souhaitée par Madrid.

Rajoy doit participer au Conseil européen qui débute ce jeudi après-midi à Bruxelles et doit s'achever vendredi en milieu de journée.

Menace

Dans une lettre adressée au chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, il a en revanche affirmé que le parlement catalan "pourra procéder (...) au vote d'une déclaration formelle d'indépendance qu'il n'a pas votée le 10 octobre", au cas où Madrid "persiste à empêcher le dialogue et poursuivre la répression".

Dans ce courrier il a laissé au gouvernement le choix de prendre en compte le fait qu'il disait plus ouvertement qu'il n'y avait pas eu à ce stade de déclaration d'indépendance dans la région et considérer que cela ouvrait la porte à un apaisement, ou de retenir la menace.

 

 

 

Article 155

Si M. Rajoy invoque samedi l'article 155 de la constitution, qui lui permet de suspendre l'autonomie de la région, une période de trois à cinq jours sera nécessaire à son entrée en vigueur, notamment dans la mesure où les députés espagnols devront au préalable l'approuver.

Ce délai est susceptible d'offrir aux indépendantistes une dernière marge de manoeuvre pour faire sécession unilatéralement. "Si l'autonomie est suspendue, nous devrons agir rapidement", estimait mercredi soir un responsable du gouvernement régional.

Madrid a en théorie le pouvoir de limoger l'administration locale, d'installer de nouvelles équipes et de prendre le contrôle de la police, des finances publiques et d'organiser des élections anticipées.

Société divisée

Mais dans cette région, ayant une langue et une culture propres, très fière de son autonomie, cette mesure draconienne pourrait déclencher des troubles et encore aggraver la pire crise politique que vit l'Espagne depuis son retour à la démocratie en 1977 après la dictature franquiste.

Les dirigeants catalans estiment que le référendum d'autodétermination qu'ils ont organisé le 1er octobre malgré l'interdiction de la justice leur donne un "mandat populaire" pour déclarer l'indépendance.